Scène
Acte III, Scène XXI
Par Molière
Angélique pleure devant le corps de son père quand Cléante arrive, ignorant tout de la comédie. Il venait plaider sa demande en mariage après la démarche entreprise auprès de l’oncle, et apprend qu’il n’y a plus personne à qui la présenter.
Elle renonce alors à tout, au mariage comme au monde, puis se jette aux genoux du mort pour lui donner la parole qu’elle lui refusait la veille. Argan se lève : elle est son vrai sang, sa véritable fille. Le renversement ne fonctionne que si le sacrifice a été joué pour de bon — c’est parce qu’elle abandonne Cléante sans calcul qu’elle finira par l’obtenir.
9 répliques en prose réparties entre trois personnages, avec un peu de matière pour Angélique et pour Cléante. Mémorisation courte, mais registre élevé qu’il faut soutenir sans emphase. Scène de dénouement souvent prise en cours de français pour la reconnaissance et le retournement final.
Chapitre : Acte III
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Qu’avez-vous donc, belle Angélique ? et quel malheur pleurez-vous ?
Hélas ! je pleure tout ce que dans la vie je pouvois perdre de plus cher et de plus précieux ; je pleure la mort de mon père.
Ô ciel ! quel accident ! quel coup inopiné ! Hélas !
après la demande que j’avois conjuré votre oncle de lui faire pour moi, je venois me présenter à lui, et tâcher, par mes respects et par mes prières, de disposer son cœur à vous accorder à mes vœux.
Ah ! Cléante, ne parlons plus de rien. Laissons là toutes les pensées du mariage. Après la perte de mon père, je ne veux plus être du monde, et j’y renonce pour jamais.
Oui, mon père, si j’ai résisté tantôt à vos volontés, je veux suivre du moins une de vos intentions, et réparer par là le chagrin que je m’accuse de vous avoir donné. (Se jetant à ses genoux.)
Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous embrasse pour vous témoigner mon ressentiment.
Ah ! ma fille !
Viens. N’aie point de peur, je ne suis pas mort. Va, tu es mon vrai sang, ma véritable fille ; et je suis ravi d’avoir vu ton bon naturel.