Scène

Acte I, Scène VI

Par Molière

Argan sort d’une explication orageuse avec sa fille et sa servante. Béline entre : c’est la première fois qu’on la voit, et il se jette dans ses bras pour se plaindre de Toinette, qui a osé lui dire qu’il n’était pas malade.

Toute la scène repose sur un registre unique, celui du maternage. Béline appelle son mari « mon petit fils », « mon ami », l’apaise comme on calme un enfant, lui donne raison contre la servante — puis refuse fermement de la renvoyer, seul moment où elle décide réellement quelque chose. Jouée trop douce, la scène est fade ; jouée trop perfide, elle grille l’effet du dénouement.

25 répliques en prose, toutes courtes, en échange serré. La difficulté n’est pas le volume mais la ressemblance des répliques de Béline, faites d’interjections et d’appellations tendres presque interchangeables. Bon exercice de duo pour le rythme et l’adresse, accessible à des comédiens débutants.

Chapitre : Acte I

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ARGAN

Ah ! ma femme, approchez.

BÉLINE

Qu’avez-vous, mon pauvre mari ?

ARGAN

Venez-vous-en ici à mon secours.

BÉLINE

Qu’est-ce que c’est donc qu’il y a, mon petit fils ?

ARGAN

Ma mie !

BÉLINE

Mon ami !

ARGAN

On vient de me mettre en colère.

BÉLINE

Hélas ! pauvre petit mari ! Comment donc, mon ami ?

ARGAN

Votre coquine de Toinette est devenue plus insolente que jamais.

BÉLINE

Ne vous passionnez donc point.

ARGAN

Elle m’a fait enrager, ma mie.

BÉLINE

Doucement, mon fils.

ARGAN

Elle a contrecarré, une heure durant, les choses que je veux faire.

BÉLINE

Là, là, tout doux !

ARGAN

Et a eu l’effronterie de me dire que je ne suis point malade.

BÉLINE

C’est une impertinente.

ARGAN

Vous savez, mon cœur, ce qui en est.

BÉLINE

Oui, mon cœur ; elle a tort.

ARGAN

M’amour, cette coquine-là me fera mourir.

BÉLINE

Hé là, hé là !

ARGAN

Elle est cause de toute la bile que je fais.

BÉLINE

Ne vous fâchez point tant.

ARGAN

Et il y a je ne sais combien que je vous dis de me la chasser.

BÉLINE

Mon Dieu ! mon fils, il n’y a point de serviteurs et de servantes qui n’aient leurs défauts. On est contraint parfois de souffrir leurs mauvaises qualités, à cause des bonnes.

BÉLINE

Celle-ci est adroite, soigneuse, diligente, et surtout fidèle ; et vous savez qu’il faut maintenant de grandes précautions pour les gens que l’on prend. Holà ! Toinette !

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