Scène

Acte III, Scène VII

Par Molière

Monsieur Purgon vient de sortir en annonçant à Argan qu’il sera incurable avant qu’il soit quatre jours. Resté seul avec son frère, Argan se croit déjà mort et lui reproche de l’avoir perdu.

Béralde répond par le raisonnement : le courroux d’un médecin n’est pas plus capable de faire mourir que ses remèdes de faire vivre, et les principes de la vie sont dans le malade lui-même. C’est le cœur de ce qu’il défend tout au long de l’acte, dit ici en quelques phrases nettes. L’équilibre est délicat : si Argan devient seulement ridicule, la peur qui le tient cesse d’être crédible et l’argument n’a plus d’adversaire.

14 répliques en prose, deux rôles d’homme, dont quatre développements suivis pour Béralde. Le volume est modeste ; ces répliques argumentatives se retiennent surtout par l’ordre des objections, qui évite d’avoir à les apprendre mot à mot. Duo utile pour un oral ou un travail sur la parole raisonnable.

Chapitre : Acte III

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ARGAN

Ah, mon Dieu ! je suis mort. Mon frère, vous m’avez perdu.

BÉRALDE

Quoi ! qu’y a-t-il ?

ARGAN

Je n’en puis plus. Je sens déjà que la médecine se venge.

BÉRALDE

Ma foi, mon frère, vous êtes fou ; et je ne voudrois pas, pour beaucoup de choses, qu’on vous vît faire que ce vous faites. Tâtez-vous un peu, je vous prie ;

BÉRALDE

revenez à vous-même, et ne donnez point tant à votre imagination.

ARGAN

Vous voyez, mon frère, les étranges maladies dont il m’a menacé.

BÉRALDE

Le simple homme que vous êtes !

ARGAN

Il dit que je deviendrai incurable avant qu’il soit quatre jours.

BÉRALDE

Et ce qu’il dit, que fait-il à la chose ? Est-ce un oracle qui a parlé ?

BÉRALDE

Il semble, à vous entendre, que monsieur Purgon tienne dans ses mains le filet de vos jours, et que, d’autorité suprême, il vous l’allonge et vous le raccourcisse comme il lui plaît.

BÉRALDE

Songez que les principes de votre vie sont en vous-même, et que le courroux de monsieur Purgon est aussi peu capable de vous faire mourir que ses remèdes de vous faire vivre.

BÉRALDE

Voici une aventure, si vous voulez, à vous défaire des médecins ; ou, si vous êtes né à ne pouvoir vous en passer, il est aisé d’en avoir un autre, avec lequel, mon frère, vous puissiez courir un peu moins de risque.

ARGAN

Ah ! mon frère, il sait tout mon tempérament, et la manière dont il faut me gouverner.

BÉRALDE

Il faut vous avouer que vous êtes un homme d’une grande prévention, et que vous voyez les choses avec d’étranges yeux.

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