Scène
Acte II, Scène IX
Par Molière
La visite s’achève. Avant de prendre congé, monsieur Diafoirus fait tâter le pouls d’Argan par son fils, en guise d’examen public des compétences du garçon, et le malade en profite pour demander où il en est.
Thomas Diafoirus récite : pouls duriuscule, repoussant, un peu caprisant, intempérie du parenchyme splénique. Argan objecte que monsieur Purgon accuse le foie ; le père rattrape sans broncher, et rôti et bouilli deviennent la même chose. Le comique naît de l’aplomb, pas de la charge : plus les deux médecins sont sérieux, plus la démonstration est cruelle. La dernière question, sur les grains de sel dans un œuf, donne la mesure d’Argan.
19 répliques en prose, courtes, mais farcies de latin et de vocabulaire médical détourné. C’est là toute la difficulté : les mots ne s’appuient sur aucun sens, il faut les apprendre par la sonorité et par l’ordre de l’énumération. Trio efficace en atelier, très visuel.
Chapitre : Acte II
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Voilà une femme qui m’aime… cela n’est pas croyable.
Nous allons, monsieur, prendre congé de vous.
Je vous prie, monsieur, de me dire un peu comment je suis.
Allons, Thomas, prenez l’autre bras de monsieur, pour voir si vous saurez porter un bon jugement de son pouls. Quid dicis ?
Dico que le pouls de monsieur est le pouls d’un homme qui ne se porte point bien.
Qu’il est duriuscule, pour ne pas dire dur.
Fort bien.
Repoussant.
Et même un peu caprisant.
Optime.
Ce qui marque une intempérie dans le parenchyme splénique, c’est-à-dire la rate.
Fort bien.
Non : monsieur Purgon dit que c’est mon foie qui est malade.
Eh oui : qui dit parenchyme dit l’un et l’autre, à cause de l’étroite sympathie qu’ils ont ensemble par le moyen du vas breve, du pylore, et souvent des méats cholidoques. Il vous ordonne sans doute de manger force rôti.
Non ; rien que du bouilli.
Eh oui : rôti, bouilli, même chose. Il vous ordonne fort prudemment, et vous ne pouvez être entre de meilleures mains.
Monsieur, combien est-ce qu’il faut mettre de grains de sel dans un œuf ?
Six, huit, dix, par les nombres pairs, comme dans les médicaments, par les nombres impairs.
Jusqu’au revoir, monsieur.