Scène
Acte I, Scène VIII
Par Molière
Toinette vient de quitter la pièce après avoir mis Argan hors de lui. Sa femme le retrouve épuisé, l’apaise, et il revient sur le projet dont il lui a déjà parlé : faire son testament.
Court passage à deux visages. Béline joue le refus d’entendre le mot testament, qui la fait tressaillir de douleur, puis signale aussitôt que le notaire attend à côté — elle l’a amené avec elle. L’effet dépend de la vitesse : plus le démenti suit vite la protestation, plus la scène est drôle, et plus le personnage se dénonce sans jamais se trahir dans les mots.
13 répliques en prose, très brèves. C’est une scène de liaison, qui prépare l’arrivée du notaire ; elle se retient en quelques minutes mais se travaille rarement seule. À prendre plutôt en enchaînement avec la scène du testament, dont elle est l’amorce directe, ou pour situer l’entrée de Béline dans l’acte.
Chapitre : Acte I
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Hé là, hé là ! Qu’est-ce que c’est donc ?
Ah, ah, ah ! je n’en puis plus.
Pourquoi vous emporter ainsi ? Elle a cru faire bien.
Vous ne connoissez pas, m’amour, la malice de la pendarde. Ah ! elle m’a mis tout hors de moi ; et il faudra plus de huit médecines et de douze lavements pour réparer tout ceci.
Là, là, mon petit ami, apaisez-vous un peu.
Ma mie, vous êtes toute ma consolation.
Pauvre petit fils !
Pour tâcher de reconnoître l’amour que vous me portez, je veux, mon cœur, comme je vous ai dit, faire mon testament.
Ah ! mon ami, ne parlons point de cela, je vous prie : je ne saurois souffrir cette pensée ; et le seul mot de testament me fait tressaillir de douleur.
Je vous avois dit de parler pour cela à votre notaire.
Le voilà là dedans, que j’ai amené avec moi.
Faites-le donc entrer, m’amour.
Hélas ! mon ami, quand on aime bien un mari, on n’est guère en état de songer à tout cela.