Scène

Acte II, Scène VI

Par Molière

Entrée des Diafoirus chez Argan. Le père présente son fils, le fils débite les compliments qu’il a préparés, et la conversation se poursuit sous les yeux d’Angélique et de Cléante, toujours déguisé en maître de musique.

C’est la plus vaste scène de la pièce. Elle empile trois morceaux : les politesses simultanées d’Argan et de monsieur Diafoirus, qui parlent en même temps sans s’écouter ; l’exposé de Thomas Diafoirus, jeune docteur qui récite ce qu’il ne comprend pas ; puis l’opéra improvisé où Cléante et Angélique se déclarent en chantant sous des noms de bergers, devant un père qui ne saisit rien avant la dernière minute. La difficulté est de tenir ces trois régimes sans que l’ensemble se casse en trois numéros séparés.

131 répliques en prose, six personnages, un passage chanté. Volume considérable et tirades lourdes de latin pour Thomas Diafoirus. On la monte rarement entière : elle se découpe en fragments jouables seuls, dont plusieurs figurent aux programmes de collège et de lycée.

Chapitre : Acte II

ARGAN

Monsieur Purgon, monsieur, m’a défendu de découvrir ma tête. Vous êtes du métier : vous savez les conséquences.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Nous sommes dans toutes nos visites pour porter secours aux malades, et non pour leur porter de l’incommodité. ((Argan et monsieur Diafoirus parlent en même temps.))

ARGAN

Je reçois, monsieur,

MONSIEUR DIAFOIRUS

Nous venons ici, monsieur,

ARGAN

Avec beaucoup de joie,

MONSIEUR DIAFOIRUS

Mon fils Thomas et moi,

ARGAN

L’honneur que vous me faites,

MONSIEUR DIAFOIRUS

Vous témoigner, monsieur,

ARGAN

Et j’aurois souhaité…

MONSIEUR DIAFOIRUS

Le ravissement où nous sommes…

ARGAN

De pouvoir aller chez vous…

MONSIEUR DIAFOIRUS

De la grace que vous nous faites…

ARGAN

Pour vous en assurer.

MONSIEUR DIAFOIRUS

De vouloir bien nous recevoir…

ARGAN

Mais vous savez, monsieur…

MONSIEUR DIAFOIRUS

Dans l’honneur, monsieur,

ARGAN

Ce que c’est qu’un pauvre malade,

MONSIEUR DIAFOIRUS

De votre alliance ;

ARGAN

Qui ne peut faire autre chose…

MONSIEUR DIAFOIRUS

Et vous assurer…

ARGAN

Que de vous dire ici…

MONSIEUR DIAFOIRUS

Que, dans les choses qui dépendront de notre métier

ARGAN

Qu’il cherchera toutes les occasions

MONSIEUR DIAFOIRUS

De même qu’en toute autre,

ARGAN

De vous faire connoître, monsieur,

MONSIEUR DIAFOIRUS

Nous serons toujours prêts, monsieur,

ARGAN

Qu’il est tout à votre service.

MONSIEUR DIAFOIRUS

À vous témoigner notre zèle. (À son fils.) Allons, Thomas, avancez. Faites vos compliments.

THOMAS DIAFOIRUS

N’est-ce pas par le père qu’il convient de commencer ?

THOMAS DIAFOIRUS

Monsieur, je viens saluer, reconnoître, chérir et révérer en vous un second père, mais un second père auquel j’ose dire que je me trouve plus redevable qu’au premier. Le premier m’a engendré ; mais vous m’avez choisi.

THOMAS DIAFOIRUS

Il m’a reçu par nécessité ; mais vous m’avez accepté par grace. Ce que je tiens de lui est un ouvrage de son corps ; mais ce que je tiens de vous est un ouvrage de votre volonté ;

THOMAS DIAFOIRUS

et, d’autant plus que les facultés spirituelles sont au-dessus des corporelles, d’autant plus je vous dois, et d’autant plus je tiens précieuse cette future filiation, dont je viens aujourd’hui vous rendre, par avance, les très humbles et très respectueux hommages.

TOINETTE

Vivent les collèges d’où l’on sort si habile homme !

THOMAS DIAFOIRUS

Cela a-t-il bien été, mon père ?

MONSIEUR DIAFOIRUS

Optime.

ARGAN

Allons, saluez monsieur.

THOMAS DIAFOIRUS

Baiserai-je ?

MONSIEUR DIAFOIRUS

Oui, oui.

THOMAS DIAFOIRUS

Madame, c’est avec justice que le ciel vous a concédé le nom de belle-mère, puisque l’on…

ARGAN

Ce n’est pas ma femme, c’est ma fille à qui vous parlez.

THOMAS DIAFOIRUS

Où donc est-elle ?

ARGAN

Elle va venir.

THOMAS DIAFOIRUS

Attendrai-je, mon père, qu’elle soit venue ?

MONSIEUR DIAFOIRUS

Faites toujours le compliment de mademoiselle.

THOMAS DIAFOIRUS

Mademoiselle, ne plus ne moins que la statue de Memnon rendoit un son harmonieux lorsqu’elle venoit à être éclairée des rayons du soleil, tout de même me sens-je animé d’un doux transport à l’apparition du soleil de vos beautés ;

THOMAS DIAFOIRUS

et, comme les naturalistes remarquent que la fleur nommée héliotrope tourne sans cesse vers cet astre du jour, aussi mon cœur dores-en-avant tournera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables, ainsi que vers son pôle unique.

THOMAS DIAFOIRUS

Souffrez donc, mademoiselle, que j’appende aujourd’hui à l’autel de vos charmes l’offrande de ce cœur qui ne respire et n’ambitionne autre gloire que d’être toute sa vie, mademoiselle, votre très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et mari.

TOINETTE

Voilà ce que c’est que d’étudier ! on apprend à dire de belles choses.

ARGAN

Hé ! que dites-vous de cela ?

CLÉANTE

Que monsieur fait merveilles, et que, s’il est aussi bon médecin qu’il est bon orateur, il y aura plaisir à être de ses malades.

TOINETTE

Assurément. Ce sera quelque chose d’admirable, s’il fait d’aussi belles cures qu’il fait de beaux discours.

ARGAN

Allons, vite, ma chaise, et des sièges à tout le monde. (Des laquais donnent des sièges.) Mettez-vous là, ma fille. (À monsieur Diafoirus.) Vous voyez, monsieur, que tout le monde admire monsieur votre fils ;

ARGAN

et je vous trouve bien heureux de vous voir un garçon comme cela.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Monsieur, ce n’est pas parceque je suis son père ; mais je puis dire que j’ai sujet d’être content de lui, et que tous ceux qui le voient en parlent comme d’un garçon qui n’a point de méchanceté.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Il n’a jamais eu l’imagination bien vive, ni ce feu d’esprit qu’on remarque dans quelques-uns ; mais c’est par là que j’ai toujours bien auguré de sa judiciaire, qualité requise pour l’exercice de notre art.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Lorsqu’il étoit petit, il n’a jamais été ce qu’on appelle mièvre et éveillé. On le voyoit toujours doux, paisible et taciturne, ne disant jamais mot, et ne jouant jamais à tous ces petits jeux que l’on nomme enfantins.

MONSIEUR DIAFOIRUS

On eut toutes les peines du monde à lui apprendre à lire ; et il avoit neuf ans, qu’il ne connoissoit pas encore ses lettres. Bon, disois-je en moi-même : les arbres tardifs sont ceux qui portent les meilleurs fruits.

MONSIEUR DIAFOIRUS

On grave sur le marbre bien plus malaisément que sur le sable ; mais les choses y sont conservées bien plus longtemps ;

MONSIEUR DIAFOIRUS

et cette lenteur à comprendre, cette pesanteur d’imagination, est la marque d’un bon jugement à venir. Lorsque je l’envoyai au collège, il trouva de la peine ; mais il se roidissoit contre les difficultés ;

MONSIEUR DIAFOIRUS

et ses régents se louoient toujours à moi de son assiduité et de son travail. Enfin, à force de battre le fer, il en est venu glorieusement à avoir ses licences ;

MONSIEUR DIAFOIRUS

et je puis dire, sans vanité, que, depuis deux ans qu’il est sur les bancs, il n’y a point de candidat qui ait fait plus de bruit que lui dans toutes les disputes de notre école. Il s’y est rendu redoutable ;

MONSIEUR DIAFOIRUS

et il ne s’y passe point d’acte où il n’aille argumenter à outrance pour la proposition contraire.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Il est ferme dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Mais, sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine.

THOMAS DIAFOIRUS

J’ai, contre les circulateurs, soutenu une thèse, qu’avec la permission (saluant Argan) de monsieur, j’ose présenter à mademoiselle, comme un hommage que je lui dois des prémices de mon esprit.

ANGÉLIQUE

Monsieur, c’est pour moi un meuble inutile, et je ne me connois pas à ces choses-là.

TOINETTE

Donnez, donnez. Elle est toujours bonne à prendre pour l’image : cela servira à parer notre chambre.

THOMAS DIAFOIRUS

Avec la permission aussi de monsieur, je vous invite à venir voir, l’un de ces jours, pour vous divertir, la dissection d’une femme, sur quoi je dois raisonner.

TOINETTE

Le divertissement sera agréable. Il y en a qui donnent la comédie à leurs maîtresses ; mais donner une dissection est quelque chose de plus galant.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Au reste, pour ce qui est des qualités requises pour le mariage et la propagation, je vous assure que, selon les règles de nos docteurs, il est tel qu’on le peut souhaiter ;

MONSIEUR DIAFOIRUS

qu’il possède en un degré louable la vertu prolifique, et qu’il est du tempérament qu’il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés.

ARGAN

N’est-ce pas votre intention, monsieur, de le pousser à la cour, et d’y ménager pour lui une charge de médecin ?

MONSIEUR DIAFOIRUS

À vous en parler franchement, notre métier auprès des grands ne m’a jamais paru agréable ; et j’ai toujours trouvé qu’il valoit mieux pour nous autres demeurer au public. Le public est commode.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Vous n’avez à répondre de vos actions à personne ; et, pourvu que l’on suive le courant des règles de l’art, on ne se met point en peine de tout ce qui peut arriver.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Mais ce qu’il y a de fâcheux auprès des grands, c’est que, quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent.

TOINETTE

Cela est plaisant ! et ils sont bien impertinents de vouloir que, vous autres messieurs, vous les guérissiez. Vous n’êtes point auprès d’eux pour cela ;

TOINETTE

vous n’y êtes que pour recevoir vos pensions et leur ordonner des remèdes ; c’est à eux à guérir s’ils peuvent.

MONSIEUR DIAFOIRUS

Cela est vrai. On n’est obligé qu’à traiter les gens dans les formes.

ARGAN

Monsieur, faites un peu chanter ma fille devant la compagnie.

CLÉANTE

J’attendois vos ordres, monsieur ; et il m’est venu en pensée, pour divertir la compagnie, de chanter avec mademoiselle une scène d’un petit opéra qu’on a fait depuis peu. (À Angélique, lui donnant un papier.)

CLÉANTE

Tenez, voilà votre partie.

CLÉANTE

Ne vous défendez point, s’il vous plaît, et me laissez vous faire comprendre ce que c’est que la scène que nous devons chanter. (Haut.) Je n’ai pas une voix à chanter ; mais ici il suffit que je me fasse entendre ;

CLÉANTE

et l’on aura la bonté de m’excuser, par la nécessité où je me trouve de faire chanter mademoiselle.

ARGAN

Les vers en sont-ils beaux ?

CLÉANTE

C’est proprement ici un petit opéra impromptu ;

CLÉANTE

et vous n’allez entendre chanter que de la prose cadencée, ou des manières de vers libres, tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à deux personnes qui disent les choses d’eux-mêmes, et parlent sur-le-champ.

ARGAN

Fort bien. Écoutons.

CLÉANTE

Voici le sujet de la scène. Un berger étoit attentif aux beautés d’un spectacle qui ne faisoit que de commencer, lorsqu’il fut tiré de son attention par un bruit qu’il entendit à ses côtés.

CLÉANTE

Il se retourne, et voit un brutal qui, de paroles insolentes, maltraitoit une bergère. D’abord il prend les intérêts d’un sexe à qui tous les hommes doivent hommage ;

CLÉANTE

et, après avoir donné au brutal le châtiment de son insolence, il vient à la bergère, et voit une jeune personne qui, des deux plus beaux yeux qu’il eût jamais vus, versoit des larmes qu’il trouva les plus belles du monde.

CLÉANTE

Hélas ! dit-il en lui-même, est-on capable d’outrager une personne si aimable ! Et quel inhumain, quel barbare ne seroit touché par de telles larmes ? Il prend soin de les arrêter, ces larmes qu’il trouve si belles ;

CLÉANTE

et l’aimable bergère prend soin, en même temps, de le remercier de son léger service, mais d’une manière si charmante, si tendre et si passionnée, que le berger n’y peut résister ;

CLÉANTE

et chaque mot, chaque regard, est un trait plein de flamme dont son cœur se sent pénétré. Est-il, disoit-il, quelque chose qui puisse mériter les aimables paroles d’un tel remercîment ?

CLÉANTE

Et que ne voudroit-on pas faire, à quels services, à quels dangers ne seroit-on pas ravi de courir, pour s’attirer un seul moment, des touchantes douceurs d’une ame si reconnoissante ?

CLÉANTE

Tout le spectacle passe sans qu’il y donne aucune attention ; mais il se plaint qu’il est trop court, parcequ’en finissant il le sépare de son adorable bergère ;

CLÉANTE

et, de cette première vue, de ce premier moment, il emporte chez lui tout ce qu’un amour de plusieurs années peut avoir de plus violent.

CLÉANTE

Le voilà aussitôt à sentir tous les maux de l’absence, et il est tourmenté de ne plus voir ce qu’il a si peu vu. Il fait tout ce qu’il peut pour se redonner cette vue, dont il conserve nuit et jour une si chère idée ;

CLÉANTE

mais la grande contrainte où l’on tient sa bergère lui en ôte tous les moyens. La violence de sa passion le fait résoudre à demander en mariage l’adorable beauté sans laquelle il ne peut plus vivre ;

CLÉANTE

et il en obtient d’elle la permission, par un billet qu’il a l’adresse de lui faire tenir.

CLÉANTE

Mais, dans le même temps, on l’avertit que le père de cette belle a conclu son mariage avec un autre, et que tout se dispose pour en célébrer la cérémonie. Jugez quelle atteinte cruelle au cœur de ce triste berger !

CLÉANTE

Le voilà accablé d’une mortelle douleur ; il ne peut souffrir l’effroyable idée de voir tout ce qu’il aime entre les bras d’un autre ;

CLÉANTE

et son amour, au désespoir, lui fait trouver moyen de s’introduire dans la maison de sa bergère pour apprendre ses sentiments, et savoir d’elle la destinée à laquelle il doit se résoudre.

CLÉANTE

Il y rencontre les apprêts de tout ce qu’il craint ; il y voit venir l’indigne rival que le caprice d’un père oppose aux tendresses de son amour ;

CLÉANTE

il le voit triomphant, ce rival ridicule, auprès de l’aimable bergère, ainsi qu’auprès d’une conquête qui lui est assurée ; et cette vue le remplit d’une colère dont il a peine à se rendre le maître.

CLÉANTE

Il jette de douloureux regards sur celle qu’il adore ; et son respect et la présence de son père l’empêchent de lui rien dire que des yeux.

CLÉANTE

Mais enfin il force toute contrainte, et le transport de son amour l’oblige à lui parler ainsi : ((Il chante.)) Belle Philis, c’est trop, c’est trop souffrir ; Rompons ce dur silence, et m’ouvrez vos pensées.

CLÉANTE

Apprenez-moi ma destinée : Faut-il vivre ? Faut-il mourir ?

ANGÉLIQUE

Vous me voyez, Tircis, triste et mélancolique, Aux apprêts de l’hymen dont vous vous alarmez : Je lève au ciel les yeux, je vous regarde, je soupire : C’est vous en dire assez.

ARGAN

Ouais ! je ne croyois pas que ma fille fût si habile, que de chanter ainsi à livre ouvert, sans hésiter.

CLÉANTE

Hélas ! belle Philis, Se pourroit-il que l’amoureux Tircis Eût assez de bonheur Pour avoir quelque place dans votre cœur ?

ANGÉLIQUE

Je ne m’en défends point dans cette peine extrême : Oui, Tircis, je vous aime.

CLÉANTE

Ô parole pleine d’appas ! Ai-je bien entendu ? Hélas ! Redites-la, Philis ; que je n’en doute pas.

ANGÉLIQUE

Oui, Tircis, je vous aime.

CLÉANTE

De grace, encor, Philis !

ANGÉLIQUE

Je vous aime.

CLÉANTE

Recommencez cent fois ; ne vous en lassez pas.

ANGÉLIQUE

Je vous aime, je vous aime ; Oui, Tircis, je vous aime.

CLÉANTE

Dieux, rois, qui sous vos pieds regardez tout le monde, Pouvez-vous comparer votre bonheur au mien ? Mais, Philis, une pensée Vient troubler ce doux transport. Un rival, un rival…

ANGÉLIQUE

Ah ! je le hais plus que la mort ; Et sa présence, ainsi qu’à vous, M’est un cruel supplice.

CLÉANTE

Mais un père à ses vœux vous veut assujettir.

ANGÉLIQUE

Plutôt, plutôt mourir, Que de jamais y consentir ; Plutôt, plutôt mourir, plutôt mourir !

ARGAN

Et que dit le père à tout cela ?

CLÉANTE

Il ne dit rien.

ARGAN

Voilà un sot père que ce père-là, de souffrir toutes ces sottises-là sans rien dire !

CLÉANTE

Ah ! mon amour…

ARGAN

Non, non ; en voilà assez. Cette comédie-là est de fort mauvais exemple. Le berger Tircis est un impertinent, et la bergère Philis une impudente de parler de la sorte devant son père. (À Angélique.)

ARGAN

Montrez-moi ce papier. Ah ! ah ! où sont donc les paroles que vous avez dites ? Il n’y a là que de la musique écrite.

CLÉANTE

Est-ce que vous ne savez pas, monsieur, qu’on a trouvé, depuis peu, l’invention d’écrire les paroles avec les notes mêmes ?

ARGAN

Fort bien. Je suis votre serviteur, monsieur ; jusqu’au revoir. Nous nous serions bien passés de votre impertinent d’opéra.

CLÉANTE

J’ai cru vous divertir.

ARGAN

Les sottises ne divertissent point. Ah ! voici ma femme.

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