Scène
Acte III, Scène XX
Par Molière
Béline chassée, l’épreuve recommence avec la fille aînée. Toinette reprend son rôle d’éplorée et annonce à Angélique que son père vient de mourir d’une faiblesse qui l’a pris ; Argan est toujours étendu dans sa chaise.
La scène est le contrepoint exact de la précédente : mêmes mots d’annonce, réaction inverse. Angélique s’effondre, non seulement d’avoir perdu son père mais de l’avoir perdu dans un moment où il était irrité contre elle. C’est ce détail qui emporte tout et qui décidera du dénouement. Le piège consiste à jouer un chagrin général ; il faut au contraire le remords, très précis, d’une dispute laissée en l’état.
9 répliques en prose, brèves sauf les deux dernières, qui portent seules le travail. Peu de volume, forte intensité : d’où son succès comme extrait d’audition pour un jeune rôle féminin, et comme exercice d’émotion tenue en atelier.
Chapitre : Acte III
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Ô ciel ! ah ! fâcheuse aventure ! Malheureuse journée !
Qu’as-tu, Toinette ? et de quoi pleures-tu ?
Hélas ! j’ai de tristes nouvelles à vous donner.
Hé ! quoi ?
Votre père est mort.
Mon père est mort, Toinette ?
Oui. Vous le voyez là, il vient de mourir tout à l’heure d’une foiblesse qui lui a pris.
Ô ciel ! quelle infortune ! quelle atteinte cruelle ! Hélas ! faut-il que je perde mon père, la seule chose qui me restoit au monde ;
et qu’encore, pour un surcroît de désespoir, je le perde dans un moment où il étoit irrité contre moi ! Que deviendrai-je, malheureuse ? et quelle consolation trouver après une si grande perte ?