Scène

Acte I, Scène II

Par Molière

Argan achève de vérifier les mémoires de son apothicaire et sonne sa servante, qui ne vient pas. Toinette finit par paraître, la tête prétendument cognée contre le volet d’une fenêtre, et trouve un maître déjà hors de lui.

La scène est un rapport de force domestique déguisé en dispute. Argan réclame le droit de quereller, Toinette le lui refuse en se mettant à pleurer chaque fois qu’il ouvre la bouche : elle gagne en occupant l’espace sonore. Le second mouvement, sur le lavement et sur monsieur Fleurant, installe d’un coup la satire des médecins. Si Toinette n’est jouée qu’insolente, la scène devient une simple engueulade et perd son mécanisme.

27 répliques en prose, la plupart très brèves, souvent interrompues en plein milieu. Le volume à retenir est faible mais l’ordre est traître : les insultes d’Argan se ressemblent toutes et s’intervertissent facilement. Duo classique d’atelier et d’entrée en école pour un emploi de servante.

Chapitre : Acte I

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TOINETTE

On y va.

ARGAN

Ah ! chienne ! ah ! carogne !

TOINETTE

Diantre soit fait de votre impatience ! Vous pressez si fort les personnes, que je me suis donné un grand coup de la tête contre la carne d’un volet.

ARGAN

Ah ! traîtresse !…

ARGAN

Il y a…

ARGAN

Il y a une heure…

ARGAN

Tu m’as laissé…

ARGAN

Tais-toi donc, coquine, que je te querelle.

TOINETTE

Çamon, ma foi, j’en suis d’avis, après ce que je me suis fait.

ARGAN

Tu m’as fait égosiller, carogne.

TOINETTE

Et vous m’avez fait, vous, casser la tête : l’un vaut bien l’autre. Quitte à quitte, si vous voulez.

ARGAN

Quoi ! coquine…

TOINETTE

Si vous querellez, je pleurerai.

ARGAN

Me laisser, traîtresse…

ARGAN

Chienne ! tu veux…

ARGAN

Quoi ! il faudra encore que je n’aie pas le plaisir de la quereller ?

TOINETTE

Querellez tout votre soûl : je le veux bien.

ARGAN

Tu m’en empêches, chienne, en m’interrompant à tous coups.

TOINETTE

Si vous avez le plaisir de quereller, il faut bien que, de mon côté, j’aie le plaisir de pleurer : chacun le sien, ce n’est pas trop. Ah !

ARGAN

Allons ; il faut en passer par là. Ôte-moi ceci, coquine, ôte-moi ceci. (Après s’être levé.) Mon lavement d’aujourd’hui a-t-il bien opéré ?

TOINETTE

Votre lavement ?

ARGAN

Oui. Ai-je bien fait de la bile ?

TOINETTE

Ma foi ! je ne me mêle point de ces affaires-là ; c’est à monsieur Fleurant à y mettre le nez, puisqu’il en a le profit.

ARGAN

Qu’on ait soin de me tenir un bouillon prêt, pour l’autre que je dois tantôt prendre.

TOINETTE

Ce monsieur Fleurant-là et ce monsieur Purgon s’égaient sur votre corps ; ils ont en vous une bonne vache à lait, et je voudrois bien leur demander quel mal vous avez, pour faire tant de remèdes.

ARGAN

Taisez-vous, ignorante ; ce n’est pas à vous à contrôler les ordonnances de la médecine. Qu’on me fasse venir ma fille Angélique : j’ai à lui dire quelque chose.

TOINETTE

La voici qui vient d’elle-même ; elle a deviné votre pensée.

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