Scène
Acte V, Scène première
Par Jean Racine
Hermione seule dans le palais, pendant que le mariage se célèbre au temple. Elle a commandé la mort de Pyrrhus à Oreste et ne sait plus ce qu’elle veut : révoquer l’ordre, le maintenir, ou seulement comprendre comment elle en est arrivée là.
C’est le monologue le plus instable de la pièce. Chaque décision s’annule à la suivante — « et prête à me venger je lui fais déjà grâce » —, et ce qui relance la fureur est toujours l’indifférence de Pyrrhus, jamais un raisonnement. Le texte s’arrête sur un vers suspendu, interrompu par l’entrée d’Oreste. Jouer une colère continue efface tout : il faut des ruptures franches, presque abruptes.
10 répliques en alexandrins, un seul rôle. Sans partenaire pour relancer, la mémorisation repose entièrement sur l’enchaînement des revirements, qu’il faut baliser avec précision. Monologue féminin classique en audition et en concours, très souvent étudié à l’oral de français.
Chapitre : Acte V
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Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Errante et sans dessein, je cours dans ce palais. Ah ! ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ? Le cruel !
de quel œil il m’a congédiée : Sans pitié, sans douleur au moins étudiée ! L’ai-je vu s’attendrir, se troubler un moment ? En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes, Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ? Et je le plains encore ! Et pour comble d’ennui, Mon cœur, mon lâche cœur s’intéresse pour lui !
Je tremble au seul penser du coup qui le menace ! Et prête à me venger je lui fais déjà grâce ! Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux. Qu’il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe, et se rit de ma rage : Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ; Il croit que, toujours faible, et d’un cœur incertain, Je parerai d’un bras les coups de l’autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées. Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées : Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l’ingrat, cet embarras funeste. Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste. Qu’il meure, puisque enfin il a dû le prévoir, Et puisqu’il m’a forcée enfin à le vouloir… À le vouloir ? Eh quoi !
c’est donc moi qui l’ordonne ? Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ? Ce prince, dont mon cœur se faisait autrefois Avec tant de plaisir redire les exploits ;
À qui même en secret je m’étais destinée Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée ! Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’États, Que pour venir si loin préparer son trépas, L’assassiner, le perdre ? Ah !
devant qu’il expire…