Scène
Acte IV, Scène IV
Par Jean Racine
Oreste est parti préparer le meurtre. Restée avec Cléone, Hermione doute déjà de lui : elle regrette de ne pas frapper de sa propre main et charge sa confidente d’aller dire à Pyrrhus qu’il meurt de sa haine à elle, et non par raison d’État.
Courte scène de fièvre, où la vengeance devient un besoin d’être reconnue. Ce qu’Hermione redoute n’est pas l’échec, c’est l’anonymat du coup. L’ordre est lancé, puis suspendu net : Cléone annonce que Pyrrhus arrive, et le contre-ordre suit dans le même souffle. Tout tient sur ce revirement de deux vers, qu’il faut prendre sans aucune transition.
8 répliques en alexandrins, dont six pour Hermione. Le texte est bref et sa progression très lisible, donc rapide à fixer. Il fonctionne surtout comme préparation de la confrontation qui suit : à travailler en cours dans un enchaînement plutôt qu’en extrait isolé.
Chapitre : Acte IV
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Vous vous perdez, madame ; et vous devez songer…
Que je me perde ou non, je songe à me venger.
Je ne sais même encor, quoi qu’il m’ait pu promettre, Sur d’autres que sur moi si je dois m’en remettre : Pyrrhus n’est pas coupable à ses yeux comme aux miens, Et je tiendrais mes coups bien plus sûrs que les siens.
Quel plaisir de venger moi-même mon injure, De retirer mon bras teint du sang du parjure ; Et pour rendre sa peine et mes plaisirs plus grands, De cacher ma rivale à ses regards mourants ! Ah !
si du moins Oreste, en punissant son crime, Lui laissait le regret de mourir ma victime ! Va le trouver : dis-lui qu’il apprenne à l’ingrat Qu’on l’immole à ma haine, et non pas à l’État.
Chère Cléone, cours : ma vengeance est perdue S’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue.
Je vous obéirai. Mais qu’est-ce que je voi ? Ô dieux ! qui l’aurait cru, madame ? c’est le roi !
Ah ! cours après Oreste ; et dis-lui, ma Cléone, Qu’il n’entreprenne rien sans revoir Hermione !