Scène
Acte IV, Scène II
Par Jean Racine
Hermione sait désormais que Pyrrhus épouse sa rivale. Cléone s’en étonne à haute voix : celle qui frémissait au seul nom d’Andromaque n’a pas dit un mot, pas eu un geste. Hermione ne répond qu’une chose — a-t-on fait venir Oreste ?
Presque tout le texte appartient à la confidente ; l’intérêt de la scène est ailleurs, dans ce que le silence prépare. Cléone décrit l’affront, s’alarme de ce calme, et c’est précisément ce calme qu’il faut tenir. Une seule réplique d’Hermione suffit à faire comprendre que la décision est déjà prise. Si la comédienne joue la douleur, la scène perd tout son effet de menace.
6 répliques en alexandrins, très inégalement réparties. Peu de texte à retenir pour Hermione, davantage pour Cléone, dont la tirade d’ouverture avance par accumulation. Extrait court, plus utile en atelier comme exercice de présence silencieuse que comme passage d’audition.
Chapitre : Acte IV
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Non, je ne puis assez admirer ce silence. Vous vous taisez, madame ; et ce cruel mépris N’a pas du moindre trouble agité vos esprits !
Vous soutenez en paix une si rude attaque, Vous qu’on voyait frémir au seul nom d’Andromaque ! Vous qui sans désespoir ne pouviez endurer Que Pyrrhus d’un regard la voulût honorer ! Il l’épouse ;
il lui donne, avec son diadème, La foi que vous venez de recevoir vous-même ; Et votre bouche encor, muette à tant d’ennui, N’a pas daigné s’ouvrir pour se plaindre de lui ! Ah !
que je crains, madame, un calme si funeste ! Et qu’il vaudrait bien mieux…
Et qu’il vaudrait bien mieux… Fais-tu venir Oreste ?
Il vient, madame, il vient ; et vous pouvez juger Que bientôt à vos pieds il allait se ranger, Prêt à servir toujours sans espoir de salaire : Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire. Mais il entre.