Scène

Acte III, Scène VII

Par Jean Racine

Andromaque a fini de plaider ; Pyrrhus renvoie Phœnix pour la retenir un instant de plus. Il revient alors sur sa décision : l’enfant peut encore être sauvé, à une condition, qu’elle l’épouse. Elle ne dit pas un mot, et la scène est portée de bout en bout par le roi seul.

C’est l’ultimatum central de la pièce, et le seul moment où Pyrrhus énumère tout ce qu’il est prêt à perdre : Hermione renvoyée, la Grèce contre lui, sa couronne offerte à une captive. Il ferme sur une alternative sans échappatoire, « il faut ou périr, ou régner ». La difficulté est de ne pas jouer la menace d’un bout à l’autre : le début est un aveu de faiblesse, la fermeté ne vient qu’ensuite.

8 répliques en alexandrins, d’un seul mouvement, sans réplique adverse pour relancer. Le texte se retient bien parce qu’il progresse par étapes claires : le regret, l’offre, le sacrifice, l’ultimatum. Monologue d’audition courant pour un rôle masculin de tragédie.

Chapitre : Acte III

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PYRRHUS

Va m’attendre, Phœnix. Madame, demeurez. On peut vous rendre encor ce fils que vous pleurez. Oui, je sens à regret qu’en excitant vos larmes, Je ne fais contre moi que vous donner des armes ;

PYRRHUS

Je croyais apporter plus de haine en ces lieux. Mais, madame, du moins, tournez vers moi les yeux : Voyez si mes regards sont d’un juge sévère, S’ils sont d’un ennemi qui cherche à vous déplaire.

PYRRHUS

Pourquoi me forcez-vous vous-même à vous trahir ? Au nom de votre fils, cessons de nous haïr. À le sauver enfin c’est moi qui vous convie. Faut-il que mes soupirs vous demandent sa vie ?

PYRRHUS

Faut-il qu’en sa faveur j’embrasse vos genoux ? Pour la dernière fois, sauvez-le, sauvez-vous. Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes ; Combien je vais sur moi faire éclater de haines.

PYRRHUS

Je renvoie Hermione, et je mets sur son front, Au lieu de ma couronne, un éternel affront ; Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ; Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.

PYRRHUS

Mais ce n’est plus, madame, une offre à dédaigner ; Je vous le dis : il faut ou périr, ou régner. Mon cœur, désespéré d’un an d’ingratitude, Ne peut plus de son sort souffrir l’incertitude.

PYRRHUS

C’est craindre, menacer, et gémir trop longtemps. Je meurs si je vous perds ; mais je meurs si j’attends. Songez-y : je vous laisse, et je viendrai vous prendre Pour vous mener au temple où ce fils doit m’attendre ;

PYRRHUS

Et là vous me verrez, soumis ou furieux, Vous couronner, madame, ou le perdre à vos yeux.

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