Scène
Acte III, Scène III
Par Jean Racine
Oreste sorti, Hermione se retrouve seule avec Cléone et laisse éclater sa joie. Pyrrhus revient à elle, le mariage se prépare : elle fait l’éloge du roi, de ses exploits, de sa fidélité retrouvée. Cléone l’interrompt — la rivale approche.
Le contraste avec la scène précédente est l’enjeu même du passage : la retenue affichée devant Oreste tombe d’un coup. La confidente freine, s’étonne du peu de compassion, annonce Andromaque. La comédienne tient une joie sans nuance, presque enfantine, que la suite de la pièce démentira brutalement. Trop de prudence ici affaiblit tout l’acte IV.
10 répliques en alexandrins, pour deux comédiennes. Court, mais construit sur une accélération : les questions d’Hermione se pressent et s’interrompent, ce qui demande de la précision plus que de la mémoire longue. Bon extrait de travail sur le revirement de ton, souvent enchaîné avec la scène qui suit.
Chapitre : Acte III
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Attendais-tu, Cléone, un courroux si modeste ?
La douleur qui se tait n’en est que plus funeste. Je le plains d’autant plus qu’auteur de son ennui, Le coup qui l’a perdu n’est parti que de lui.
Comptez depuis quel temps votre hymen se prépare : Il a parlé, madame, et Pyrrhus se déclare.
Tu crois que Pyrrhus craint ? Et que craint-il encor ? Des peuples qui, dix ans, ont fui devant Hector ;
Qui cent fois, effrayés de l’absence d’Achille, Dans leurs vaisseaux brûlants ont cherché leur asile, Et qu’on verrait encor, sans l’appui de son fils, Redemander Hélène aux Troyens impunis ?
Non, Cléone, il n’est point ennemi de lui-même ; Il veut tout ce qu’il fait ; et, s’il m’épouse, il m’aime. Mais qu’Oreste à son gré m’impute ses douleurs ; N’avons-nous d’entretien que celui de ses pleurs ?
Pyrrhus revient à nous ! Eh bien ! chère Cléone, Conçois-tu les transports de l’heureuse Hermione ? Sais-tu quel est Pyrrhus ? T’es-tu fait raconter Le nombre des exploits… Mais qui les peut compter ?
Intrépide, et partout suivi de la victoire, Charmant, fidèle enfin : rien ne manque à sa gloire. Songe…
Songe… Dissimulez : votre rivale en pleurs Vient à vos pieds, sans doute, apporter ses douleurs.
Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ! Sortons : que lui dirais-je ?