Scène
Acte III, Scène IV
Par Jean Racine
Les deux rivales ne se rencontrent qu’une seule fois dans la pièce, et c’est ici. Andromaque, qui n’a plus d’autre recours, vient se jeter aux genoux d’Hermione pour lui demander d’intercéder auprès de Pyrrhus et de sauver son fils.
Tout l’écart social et tragique est concentré en neuf répliques : une reine captive supplie une princesse qui vient de gagner. Andromaque plaide sans jalousie, rappelle Hector et propose l’exil dans une île déserte ; Hermione répond par quatre vers de refus poli qui renvoient la suppliante à son propre pouvoir de séduction. La froideur doit rester impeccablement courtoise pour que la cruauté porte.
9 répliques en alexandrins, dont l’essentiel revient à Andromaque. La longue supplication se retient bien parce qu’elle suit un ordre d’arguments net. Duo féminin très demandé en audition et en concours, l’une des confrontations les plus efficaces du répertoire tragique.
Chapitre : Acte III
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Sortons : que lui dirais-je ? Où fuyez-vous, madame ? N’est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux Que la veuve d’Hector pleurant à vos genoux ?
Je ne viens point ici, par de jalouses larmes, Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes. Par une main cruelle, hélas !
j’ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s’adresser : Ma flamme par Hector fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s’est enfermée. Mais il me reste un fils.
Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu’où va notre amour ;
Mais vous ne saurez pas, du moins je le souhaite, En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C’est le seul qui nous reste, et qu’on veut nous l’ôter. Hélas !
lorsque, lassés de dix ans de misère, Les Troyens en courroux menaçaient votre mère, J’ai su de mon Hector lui procurer l’appui : Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j’ai pu sur lui.
Que craint-on d’un enfant qui survit à sa perte ? Laissez-moi le cacher en quelque île déserte : Sur les soins de sa mère on peut s’en assurer, Et mon fils avec moi n’apprendra qu’à pleurer.
Je conçois vos douleurs ; mais un devoir austère, Quand mon père a parlé, m’ordonne de me taire. C’est lui qui de Pyrrhus fait agir le courroux. S’il faut fléchir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous ?
Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme, Faites-le prononcer : j’y souscrirai, madame.