Scène
Acte V, Scène IV
Par Jean Racine
Traité de monstre et de parricide, Oreste reste seul sur le plateau et tente de recoller ce qui vient de se produire : il a tué un roi qu’il révérait, violé le droit des ambassadeurs et celui des autels, et celle pour qui il l’a fait le renie et le fuit.
Bref monologue de stupeur, placé entre la malédiction d’Hermione et la crise finale. Tout passe par des questions sans réponse — « Est-ce Pyrrhus qui meurt ? Et suis-je Oreste enfin ? ». Le personnage ne délire pas encore : il constate, il s’accuse, et c’est cette lucidité qui prépare la suite. Jouer le déséquilibre trop tôt prive l’acte de sa dernière marche.
5 répliques en alexandrins, un seul rôle, une vingtaine de vers. Le texte est court et sa construction en énumération d’accusations contre soi facilite le rappel. Monologue commode pour un travail d’atelier ou un extrait d’audition masculin, à condition de poser le contexte en une phrase.
Chapitre : Acte V
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Que vois-je ? Est-ce Hermione ? Et que viens-je d’entendre ? Pour qui coule le sang que je viens de répandre ? Je suis, si je l’en crois, un traître, un assassin. Est-ce Pyrrhus qui meurt ? Et suis-je Oreste enfin ?
Quoi ! j’étouffe en mon cœur la raison qui m’éclaire, J’assassine à regret un roi que je révère ;
Je viole en un jour les droits des souverains, Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains, Ceux même des autels où ma fureur l’assiége ; Je deviens parricide, assassin, sacrilége ! Pour qui ?
Pour une ingrate à qui je le promets, Qui même, s’il ne meurt, ne me verra jamais, Dont j’épouse la rage ! Et quand je l’ai servie, Elle me redemande et son sang et sa vie ! Elle l’aime ! et je suis un monstre furieux !
Je la vois pour jamais s’éloigner de mes yeux ! Et l’ingrate en fuyant me laisse pour salaire Tous les noms odieux que j’ai pris pour lui plaire !