Scène
Acte III, Scène XIV
Par Molière
Porté en scène et se disant à l’agonie, Scapin demande pardon à tous ceux qu’il a pu offenser, Argante et Géronte les premiers. Les deux mariages sont conclus, la joie générale sert son affaire : Argante pardonne d’emblée, Géronte se fait beaucoup plus prier.
Dernière fourberie, et la plus économique de la pièce : il suffit à Scapin de revenir sur les coups de bâton assez souvent pour que Géronte, excédé, pardonne afin de ne plus en entendre parler. Le vieillard croit garder l’avantage en pardonnant à la charge que l’autre mourra. La chute — se faire porter au bout de la table — doit tomber sans triomphe, comme la suite naturelle des choses.
21 répliques en prose, trois rôles. Les relances de Scapin sont presque identiques et ne se distinguent que par la fin de la phrase interrompue : c’est le point à isoler pour le travailler à part. Scène finale très demandée en audition, courte, autonome, lisible sans connaître le reste de la pièce.
Chapitre : Acte III
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Ahi, ahi. Messieurs, vous me voyez… ahi, vous me voyez dans un étrange état. Ahi. Je n’ai pas voulu mourir sans venir demander pardon à toutes les personnes que je puis avoir offensées. Ahi.
Oui, messieurs, avant que de rendre le dernier soupir, je vous conjure de tout mon cœur de vouloir me pardonner tout ce que je puis vous avoir fait, et principalement le seigneur Argante et le seigneur Géronte. Ahi.
Pour moi, je te pardonne ; va, meurs en repos.
C’est vous, Monsieur, que j’ai le plus offensé, par les coups de bâton que…
Ne parle point davantage, je te pardonne aussi.
Ç’a été une témérité bien grande à moi, que les coups de bâton que je…
Laissons cela.
J’ai, en mourant, une douleur inconcevable des coups de bâton que…
Mon Dieu ! tais-toi.
Les malheureux coups de bâton que je vous…
Tais-toi, te dis-je ; j’oublie tout.
Hélas ! quelle bonté ! Mais est-ce de bon cœur, monsieur, que vous me pardonnez ces coups de bâton que…
Hé ! oui. Ne parlons plus de rien ; je te pardonne tout : voilà qui est fait.
Ah ! Monsieur, je me sens tout soulagé depuis cette parole.
Oui ; mais je te pardonne, à la charge que tu mourras.
Comment ! Monsieur ?
Je me dédis de ma parole, si tu réchappes.
Ahi, ahi. Voilà mes foiblesses qui me reprennent.
Seigneur Géronte, en faveur de notre joie, il faut lui pardonner sans condition.
Allons souper ensemble, pour mieux goûter notre plaisir.
Et moi, qu’on me porte au bout de la table, en attendant que je meure.