Scène
Acte I, Scène I
Par Molière
La pièce s’ouvre sur Octave, qui a épousé Hyacinte en secret pendant l’absence de son père. Sylvestre, son valet, revient du port avec les nouvelles : Argante rentre le matin même, et il rentre décidé à marier son fils à la fille du seigneur Géronte.
Toute l’exposition passe par un jeu d’écho : Octave interroge, Sylvestre se contente de lui renvoyer la fin de sa phrase. Le comique naît du décalage entre l’affolement du jeune homme et la platitude du valet, qui voit surtout venir les coups de bâton pour ses épaules. Si Sylvestre répète sans intention, la scène redevient une simple livraison d’informations : il faut que chaque reprise soit une dérobade.
27 répliques en prose, deux rôles d’homme, environ trois minutes. Les répliques de Sylvestre sont brèves et presque toutes calquées sur celles d’Octave, si bien qu’on peut en sauter une sans que rien ne semble clocher. Scène d’ouverture souvent demandée en cours de français, et commode en atelier pour travailler la relance.
Chapitre : Acte I
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Ah ! fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux ! Dures extrémités où je me vois réduit ! Tu viens, Sylvestre, d’apprendre au port, que mon père revient ?
Qu’il arrive ce matin même ?
Ce matin même.
Et qu’il revient dans la résolution de me marier ?
Avec une fille du seigneur Géronte ?
Du seigneur Géronte.
Et que cette fille est mandée de Tarente ici pour cela ?
Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ?
De votre oncle.
À qui mon père les a mandées par une lettre ?
Par une lettre.
Et cet oncle, dis-tu, sait toutes nos affaires ?
Toutes nos affaires.
Ah ! parle, si tu veux, et ne te fais point, de la sorte, arracher les mots de la bouche.
Qu’ai-je à parler davantage ? vous n’oubliez aucune circonstance, et vous dites les choses tout justement comme elles sont.
Conseille-moi, du moins, et me dis ce que je dois faire dans ces cruelles conjonctures.
Ma foi, je m’y trouve autant embarrassé que vous ; et j’aurois bon besoin que l’on me conseillât moi-même.
Je suis assassiné par ce maudit retour.
Je ne le suis pas moins.
Lorsque mon père apprendra les choses, je vais voir fondre sur moi un orage soudain d’impétueuses réprimandes.
Les réprimandes ne sont rien ; et plût au ciel que j’en fusse quitte à ce prix ! mais j’ai bien la mine, pour moi, de payer plus cher vos folies ;
et je vois se former, de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.
Ô Ciel ! par où sortir de l’embarras où je me trouve ?
C’est à quoi vous deviez songer avant que de vous y jeter.
Ah ! tu me fais mourir par tes leçons hors de saison.
Vous me faites bien plus mourir par vos actions étourdies.
Que dois-je faire ? Quelle résolution prendre ? À quel remède recourir ?