Scène

Acte III, Scène VII

Par Molière

Argante et Géronte se retrouvent, chacun venant d’être dépouillé par Scapin : deux cents pistoles pour l’un, cinq cents écus pour l’autre, plus les coups de bâton que Géronte a honte d’avouer. Il apprend en outre que sa fille, attendue de Tarente, aurait péri dans le vaisseau où elle s’était embarquée.

Scène de symétrie : les deux vieillards alignent leurs plaintes en miroir avant de basculer vers le dénouement. Le risque est de jouer deux fois la même chose — leurs griefs se répondent presque terme à terme, et il faut que chacun se plaigne à sa manière. Sylvestre, présent, glisse une réplique à part qui ne doit ni couvrir la leur ni être escamotée.

12 répliques en prose, trois rôles dont un quasi muet. Les phrases des deux pères se ressemblent au point de s’échanger d’un rôle à l’autre : c’est le principal piège de mémorisation. Courte et facile à monter en cours, elle prépare surtout les reconnaissances qui suivent.

Chapitre : Acte III

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GÉRONTE

Ah ! seigneur Argante, vous me voyez accablé de disgrâce.

ARGANTE

Vous me voyez aussi dans un accablement horrible.

GÉRONTE

Le pendard de Scapin, par une fourberie, m’a attrapé cinq cents écus.

ARGANTE

Le même pendard de Scapin, par une fourberie aussi, m’a attrapé deux cents pistoles.

GÉRONTE

Il ne s’est pas contenté de m’attraper cinq cents écus ; il m’a traité d’une manière que j’ai honte de dire. Mais il me la paiera.

ARGANTE

Je veux qu’il me fasse raison de la pièce qu’il m’a jouée.

GÉRONTE

Et je prétends faire de lui une vengeance exemplaire.

SYLVESTRE

Plaise au ciel que, dans tout ceci, je n’aie point ma part !

GÉRONTE

Mais ce n’est pas encore tout, seigneur Argante ; et un malheur nous est toujours l’avant-coureur d’un autre. Je me réjouissais aujourd’hui de l’espérance d’avoir ma fille, dont je faisois toute ma consolation ;

GÉRONTE

et je viens d’apprendre de mon homme qu’elle est partie il y a longtemps de Tarente, et qu’on y croit qu’elle a péri dans le vaisseau où elle s’embarqua.

ARGANTE

Mais pourquoi, s’il vous plaît, la tenir à Tarente, et ne vous être pas donné la joie de l’avoir avec vous ?

GÉRONTE

J’ai eu mes raisons pour cela ; et des intérêts de famille m’ont obligé jusques ici à tenir fort secret ce second mariage. Mais que vois-je ?

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