Scène

Acte III, Scène XI

Par Molière

Tout est réglé, mais Octave l’ignore. Il entre décidé à refuser le mariage arrangé et à défendre Hyacinte, sans laisser à son père ni à Géronte le temps de lui apprendre qu’Hyacinte est précisément la fille qu’on lui destinait. Zerbinette et Sylvestre assistent à la méprise.

Comique d’obstination : Octave coupe tout le monde, y compris Sylvestre qui tente de le renseigner, et se met en position de héros pour une bataille déjà gagnée. Le rôle demande une conviction entière et une surdité complète aux répliques des autres, qui doivent rester audibles pour le public. La fin de la scène se resserre sur Zerbinette, que Géronte refuse encore à cause de sa naissance inconnue.

22 répliques en prose, six personnages en scène, mais Octave et Géronte portent l’essentiel. La série d’interruptions relève du travail de plateau plus que de la mémoire : ce sont les départs qu’il faut fixer, pas les phrases. Scène de groupe commode en atelier ou en fin de séance.

Chapitre : Acte III

ARGANTE

Venez, mon fils, venez vous réjouir avec nous de l’heureuse aventure de votre mariage. Le ciel…

OCTAVE

Non, mon père, toutes vos propositions de mariage ne serviront de rien. Je dois lever le masque avec vous, et l’on vous a dit mon engagement.

ARGANTE

Oui. Mais tu ne sais pas…

OCTAVE

Je sais tout ce qu’il faut savoir.

ARGANTE

Je veux te dire que la fille du seigneur Géronte…

OCTAVE

La fille du seigneur Géronte ne me sera jamais de rien.

GÉRONTE

C’est elle…

OCTAVE

Non, Monsieur, je vous demande pardon, mes résolutions sont prises.

SYLVESTRE

Écoutez…

OCTAVE

Non. Tais-toi. Je n’écoute rien.

ARGANTE

Ta femme…

OCTAVE

Non, vous dis-je, mon père ; je mourrai plutôt que de quitter mon aimable Hyacinte. (Traversant le théâtre pour se mettre à côté d’Hyacinte.) Oui. Vous avez beau faire ; la voilà, celle à qui ma foi est engagée.

OCTAVE

Je l’aimerai toute ma vie, et je ne veux point d’autre femme.

ARGANTE

Hé bien ! c’est elle qu’on te donne. Quel diable d’étourdi, qui suit toujours sa pointe !

HYACINTE

Oui, Octave, voilà mon père que j’ai trouvé ; et nous nous voyons hors de peine.

GÉRONTE

Allons chez moi ; nous serons mieux qu’ici pour nous entretenir.

HYACINTE

Ah ! mon père, je vous demande, par grâce, que je ne sois point séparée de l’aimable personne que vous voyez. Elle a un mérite qui vous fera concevoir de l’estime pour elle, quand il sera connu de vous.

GÉRONTE

Tu veux que je tienne chez moi une personne qui est aimée de ton frère, et qui m’a dit tantôt au nez mille sottises de moi-même !

ZERBINETTE

Monsieur, je vous prie de m’excuser. Je n’aurois pas parlé de la sorte, si j’avais su que c’était vous, et je ne vous connoissois que de réputation.

GÉRONTE

Comment ! que de réputation ?

HYACINTE

Mon père, la passion que mon frère a pour elle n’a rien de criminel, et je réponds de sa vertu.

GÉRONTE

Voilà qui est fort bien. Ne voudrait-on point que je mariasse mon fils avec elle ? Une fille inconnue, qui fait le métier de coureuse !

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