Scène
Acte I, Scène VII
Par Molière
Argante sorti, Scapin reste seul avec Sylvestre. Le mariage est en bonne voie, mais l’argent manque et les créanciers pressent. Scapin annonce que sa machine est trouvée : il lui faut un homme sûr pour tenir un rôle, et ce sera Sylvestre.
Scène de fabrication : Scapin façonne son complice devant le public, le bonnet, l’appui sur une jambe, la main au côté, le regard, la démarche. Tout le comique de la grande scène du faux spadassin dépend de ce qui se décide ici. Sylvestre résiste mollement, craint la justice et accepte quand même. Jouée sans le geste, la scène ne dit rien : les indications sont dans le texte même, pas à côté.
6 répliques en prose seulement, mais longues, et l’essentiel revient à Scapin. Elle se retient vite et se joue en deux minutes. Bonne mise en jambes physique en atelier ; peu autonome en audition, puisqu’elle annonce une scène qu’on ne verra pas.
Chapitre : Acte I
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J’avoue que tu es un grand homme, et voilà l’affaire en bon train ; mais l’argent, d’autre part, nous presse pour notre subsistance, et nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous.
Laisse-moi faire, la machine est trouvée. Je cherche seulement dans ma tête un homme qui nous soit affidé, pour jouer un personnage dont j’ai besoin. Attends. Tiens-toi un peu. Enfonce ton bonnet en méchant garçon.
Campe-toi sur un pied. Mets la main au côté. Fais les yeux furibonds. Marche un peu en roi de théâtre. Voilà qui est bien. Suis-moi. J’ai des secrets pour déguiser ton visage et ta voix.
Je te conjure, au moins, de ne m’aller point brouiller avec la justice.
Va, va, nous partagerons les périls en frères ; et trois ans de galère de plus ou de moins, ne sont pas pour arrêter un noble cœur. Si de ce long récit vous n’abréger le cours, Le jour achèvera plus tôt que ce discours.
Laissez-moi le finir avec une parole.