Acte II, Scène VII
Léandre, qui vient de menacer Scapin de son épée, revient le supplier : les Égyptiens vont emmener Zerbinette, et il lui faut cinq cents écus. Scapin fait payer l’affront. Il réclame qu’on le tue plutôt que de l’aider et énumère les injures reçues, jusqu’à ce que Léandre se jette à ses genoux. Octave, à qui il faut deux cents pistoles, joint ses prières. Scapin cède enfin et annonce qu’il tirera l’argent des deux pères.
C’est le renversement de la pièce : le valet tient les maîtres. Scapin savoure chaque supplication (« Je suis mon pauvre Scapin à cette heure qu’on a besoin de moi ») ; Léandre doit passer de l’orgueil à l’humiliation sans devenir ridicule. La scène lance les deux fourberies qui suivent.
37 répliques en prose, pour trois comédiens. Scapin porte plus de la moitié du texte, Léandre un tiers, Octave quelques répliques : une scène courte et vive, idéale en atelier.
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Créer un compte gratuit pour téléchargerAh ! mon pauvre Scapin, j’implore ton secours.
Ah ! mon pauvre Scapin. Je suis mon pauvre Scapin à cette heure qu’on a besoin de moi.
Va, je te pardonne tout ce que tu viens de me dire, et pis encore, si tu me l’as fait.
Non, non ; ne me pardonnez rien ; passez-moi votre épée au travers du corps. Je serai ravi que vous me tuiez.
Non. Je te conjure plutôt de me donner la vie, en servant mon amour.
Point, point ; vous ferez mieux de me tuer.
Tu m’es trop précieux ; et je te prie de vouloir employer pour moi ce génie admirable qui vient à bout de toute chose.
Non. Tuez-moi, vous dis-je.
Ah ! de grâce, ne songe plus à tout cela, et pense à me donner le secours que je te demande.
Scapin, il faut faire quelque chose pour lui.
Le moyen, après une avanie de la sorte ?
Je te conjure d’oublier mon emportement et de me prêter ton adresse.
Je joins mes prières aux siennes.
J’ai cette insulte-là sur le cœur.
Il faut quitter ton ressentiment.
Voudrois-tu m’abandonner, Scapin, dans la cruelle extrémité où se voit mon amour ?
Me venir faire à l’improviste un affront comme celui-là !
J’ai tort, je le confesse.
Me traiter de coquin, de fripon, de pendard, d’infâme !
J’en ai tous les regrets du monde.
Me vouloir passer son épée au travers du corps !
Je t’en demande pardon de tout mon cœur ; et s’il ne tient qu’à me jeter à tes genoux, tu m’y vois, Scapin, pour te conjurer encore une fois de ne me point abandonner.
Ah ! ma foi, Scapin, il se faut rendre à cela.
Levez-vous. Une autre fois, ne soyez point si prompt.
Me promets-tu de travailler pour moi ?
On y songera.
Mais tu sais que le temps presse.
Ne vous mettez pas en peine. Combien est-ce qu’il vous faut ?
Cinq cents écus.
Et à vous ?
Deux cents pistoles.
Je veux tirer cet argent de vos pères. (À Octave.) Pour ce qui est du vôtre, la machine est déjà toute trouvée. (À Léandre.) Et quant au vôtre, bien qu’avare au dernier degré, il y faudra moins de façon encore ;
car vous savez que, pour l’esprit, il n’en a pas, grâces à Dieu, grande provision ; et je le livre pour une espèce d’homme à qui l’on fera toujours croire tout ce que l’on voudra. Cela ne vous offense point ;
il ne tombe entre lui et vous aucun soupçon de ressemblance ; et vous savez assez l’opinion de tout le monde, qui veut qu’il ne soit votre père que pour la forme.
Tout beau, Scapin !
Bon, bon, on fait bien scrupule de cela ! Vous moquez-vous ? Mais j’aperçois venir le père d’Octave. Commençons par lui, puisqu’il se présente. Allez-vous-en tous deux. (À Octave.)
Et vous, avertissez votre Sylvestre de venir vite jouer son rôle.