Scène
Acte II, Scène IX
Par Molière
Scapin doit obtenir deux cents pistoles d’Argante. Il le met en présence d’un prétendu spadassin, frère de la jeune femme qu’Octave a épousée : c’est Sylvestre, déguisé et méconnaissable, qui joue les matamores pendant qu’Argante se cache en tremblant derrière Scapin.
Le trio est réglé au cordeau : un homme qui joue, un homme qui commente, un homme qui tremble. Sylvestre monte par paliers — jurons, épée tirée, puis combat contre une troupe imaginaire — et doit rester assez outré pour faire rire, assez menaçant pour qu’Argante y croie. Scapin tient la mesure : c’est lui qui décide quand relancer et quand laisser retomber.
26 répliques en prose, dont deux longues séquences pour Sylvestre. L’enchaînement d’ordres très brefs — « Point de quartier. Donnons. Ferme. Poussons. » — se mémorise par le rythme plutôt que par le sens, et c’est là que ça décroche. Scène très physique, appréciée en atelier, solide en audition pour montrer un travail de composition.
Chapitre : Acte II
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Scapin, faites-moi connoître un peu cet Argante qui est père d’Octave.
Pourquoi, Monsieur ?
Je viens d’apprendre qu’il veut me mettre en procès, et faire rompre par justice le mariage de ma sœur.
Je ne sais pas s’il a cette pensée ; mais il ne veut point consentir aux deux cents pistoles que vous voulez ; et il dit que c’est trop.
Par la mort ! par la tête ! par le ventre ! si je le trouve, je le veux échiner, dussé-je être roué tout vif. ((Argante, pour n’être point vu, se tient en tremblant derrière Scapin.))
Monsieur, ce père d’Octave a du cœur, et peut-être ne vous craindra-t-il point.
Lui, lui ? Par le sang ! par la tête ! s’il était là, je lui donnerais tout à l’heure de l’épée dans le ventre. (Apercevant Argante.) Qui est cet homme-là ?
Ce n’est pas lui, monsieur ; ce n’est pas lui.
N’est-ce point quelqu’un de ses amis ?
Non, monsieur ; au contraire, c’est son ennemi capital.
Son ennemi capital ?
Ah ! parbleu, j’en suis ravi. (À Argante.) Vous êtes ennemi, Monsieur, de ce faquin d’Argante ? Hé ?
Oui, oui ; je vous en réponds.
Touchez là, touchez.
Je vous donne ma parole, et vous jure sur mon honneur, par l’épée que je porte, par tous les serments que je saurois faire, qu’avant la fin du jour je vous déferai de ce maraud fieffé, de ce faquin d’Argante.
Reposez-vous sur moi.
Monsieur, les violences en ce pays-ci ne sont guère souffertes.
Je me moque de tout, et je n’ai rien à perdre.
Il se tiendra sur ses gardes assurément ; et il a des parents, des amis et des domestiques, dont il se fera un secours contre votre ressentiment.
C’est ce que je demande, morbleu ! c’est ce que je demande. (Mettant l’épée à la main.) Ah, tête ! ah, ventre ! Que ne le trouvé-je à cette heure avec tout son secours !
Que ne paroît-il à mes yeux au milieu de trente personnes ! Que ne les vois-je fondre sur moi les armes à la main ! Comment ! marauds, vous avez la hardiesse de vous attaquer à moi ! Allons, morbleu, tue !
(Poussant de tous les côtés, comme s’il avoit plusieurs personnes à combattre.) Point de quartier. Donnons. Ferme. Poussons. Bon pied, bon œil. Ah ! coquins ! ah ! canaille ! vous en voulez par là !
je vous en ferai tâter votre soûl. Soutenez, marauds ; soutenez. Allons. À cette botte. À cette autre. (Se tournant du côté d’Argante et de Scapin.) À celle-ci. À celle-là. Comment, vous reculez ! Pied ferme, morbleu ;
pied ferme !
Hé, hé, hé ! Monsieur, nous n’en sommes pas.
Voilà qui vous apprendra à vous oser jouer à moi.