Scène
Acte II, Scène XII
Par Molière
Scapin retrouve Octave et Léandre, les deux sommes en poche. Il remet à Octave les deux cents pistoles arrachées à Argante, laisse d’abord croire à Léandre qu’il n’a rien pu obtenir pour lui, puis lui tend les cinq cents écus de Géronte.
Court moment de bascule : c’est ici que Scapin obtient de Léandre, et devant témoin, la permission de se venger de son père. Tout le troisième acte en découle. La scène se joue sur un désaccord de rythme — Léandre est déjà parti racheter Zerbinette, Scapin le retient juste assez pour arracher son accord. Expédier cette promesse rend la suite gratuite.
21 répliques en prose, trois rôles, échanges brefs. Attention : les dernières lignes attribuées à Léandre ne font pas partie du dialogue, ce sont des citations rapportées par l’édition ; à écarter avant de commencer à apprendre. Scène de transition utile en atelier pour enchaîner les actes, peu autonome prise seule.
Chapitre : Acte II
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Hé bien ! Scapin, as-tu réussi pour moi dans ton entreprise ?
As-tu fait quelque chose pour tirer mon amour de la peine où il est ?
Voilà deux cents pistoles que j’ai tirées de votre père.
Ah ! que tu me donnes de joie !
Pour vous, je n’ai pu faire rien.
Il faut donc que j’aille mourir ; et je n’ai que faire de vivre, si Zerbinette m’est ôtée.
Holà ! holà ! tout doucement. Comme diantre vous allez vite !
Que veux-tu que je devienne ?
Allez, j’ai votre affaire ici.
Ah ! tu me redonnes la vie.
Mais à condition que vous me permettrez, à moi, une petite vengeance contre votre père, pour le tour qu’il m’a fait.
Tout ce que tu voudras.
Vous me le promettez devant témoin ?
Tenez, voilà cinq cents écus.
Allons en promptement acheter celle que j’adore. « Un père de famille, qui revient de voyage, devrait s’attendre à trouver son fils dérangé, sa femme morte, sa fille malade ;
se dire que ces accidents sont communs, qu’ils ont pu lui arriver. Avec cette prévoyance, rien ne l’étonnerait. Les malheurs dont il serait exempt contre son attente, il les regarderait comme autant de gagné.
» Et Géta, parodiant le discours du vieillard, dit : « J’ai déjà passé en revue toutes les infortunes dont je suis menacé.
Au retour de mon maître, me suis-je dit, on m’enverra, pour le reste de mes jours, tourner la meule du moulin ; je recevrai les étrivières ; je serai chargé de chaînes ; je serai condamné à travailler aux champs.
Aucun de ces malheurs ne m’étonnera. Ceux dont je serai exempt contre mon attente, je les regarderai comme autant de gagné. » « Prends cet argent, Chrysale, et va le porter à mon fils.
— Je ne le prendrai point, monsieur ; chargez un autre de cette commission ; je ne veux pas qu’on me confie d’argent. — Prends, tu me désobliges. — Je n’en ferai rien, je vous jure. — Mais je t’en prie. — N’importe.
— Ah ! tu me fais enrager. — Donnez donc puisqu’il le faut, etc. » (Bacchides, acte IV, scène IX.)