Scène
Acte I, Scène IV
Par Molière
Scapin a accepté de tirer Octave d’affaire. Avant qu’Argante ne paraisse, il impose au jeune homme un dernier exercice : tenir tête à son père au lieu de fondre au premier reproche. Sylvestre assiste à la répétition et annonce l’arrivée du vieillard.
Du théâtre dans le théâtre : Scapin joue le père et lance une bordée d’injures, Octave doit répondre fermement et se décompose aussitôt. L’acteur qui tient Octave doit rater l’exercice tout en le jouant juste ; celui qui tient Scapin doit être un père crédible sans quitter la position du valet metteur en scène. La chute — « Voilà votre père qui vient » — ne porte que si l’entraînement a paru près d’aboutir.
21 répliques en prose, réparties très inégalement : Scapin porte le poids, dont une longue tirade d’invectives, Octave n’a que des réponses courtes et Sylvestre une seule phrase. Duo d’atelier solide, souvent utilisé en cours pour aborder la mise en abyme.
Chapitre : Acte I
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Et vous, préparez-vous à soutenir avec fermeté l’abord de votre père.
Je t’avoue que cet abord me fait trembler par avance ; et j’ai une timidité naturelle que je ne saurois vaincre.
Il faut pourtant paraître ferme au premier choc, de peur que, sur votre foiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant.
Là, tâchez de vous composer par étude un peu de hardiesse, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.
Je ferai du mieux que je pourrai.
Çà, essayons un peu, pour vous accoutumer. Répétons un peu votre rôle et voyons si vous ferez bien. Allons ; la mine résolue, la tête haute, les regards assurés.
Comme cela ?
Encore un peu davantage.
Ainsi ?
Bon. Imaginez-vous que je suis votre père qui arrive, et répondez-moi fermement comme si c’étoit à lui-même. Comment !
pendard, vaurien, infâme, fils indigne d’un père comme moi, oses-tu bien paroître devant mes yeux après tes bons déportements, après le lâche tour que tu m’as joué pendant mon absence ?
Est-ce là le fruit de mes soins, maraud ? est-ce là le fruit de mes soins ? le respect qui m’est dû ? le respect que tu me conserves ? (Allons donc.)
Tu as l’insolence, fripon, de t’engager sans le consentement de ton père, de contracter un mariage clandestin ! Réponds-moi, coquin, réponds-moi. Voyons un peu tes belles raisons… Oh !
que diable, vous demeurez interdit !
C’est que je m’imagine que c’est mon père que j’entends.
Eh ! oui ; c’est par cette raison qu’il ne faut pas être comme un innocent.
Je m’en vais prendre plus de résolution, et je répondrai fermement.
Assurément ?
Assurément.
Voilà votre père qui vient.
Ô ciel ! je suis perdu.