Scène
Acte V, Scène II
Par Jean Racine
Arsace retrouve Antiochus revenu au palais et lui apporte des nouvelles : Bérénice part le soir même, blessée d’avoir été laissée à ses larmes ; elle écrit à César, que le peuple et le sénat retiennent dans son devoir par leurs acclamations. Antiochus écoute, y voit des raisons d’espérer, et n’ose pas.
Une scène d’information qui devient une scène d’état. Arsace expose des faits ; ce qui compte est la manière dont Antiochus les reçoit, avec la superstition d’un homme trop souvent déçu — son cœur « croit, même en espérant, irriter la fortune ». Le récit doit rester net et rapide, sinon la réplique finale n’a plus rien sur quoi s’appuyer, et la scène se réduit à un résumé de l’action.
12 répliques en alexandrins, deux rôles masculins. Le début est fait de vers coupés, la fin de deux tirades : c’est ce passage du haché à l’ample qu’il faut fixer. Format court et complet, commode pour ouvrir une séance de travail ou pour situer le début du dernier acte.
Chapitre : Acte V
Choisis ton rôle pour lancer le mode flashcard :
Ah ! quel heureux destin en ces lieux vous renvoie, Seigneur ?
Seigneur ? Si mon retour t’apporte quelque joie, Arsace, rends-en grâce à mon seul désespoir.
La reine part, seigneur.
La reine part, seigneur. Elle part ?
La reine part, seigneur. Elle part ? Dès ce soir : Ses ordres sont donnés. Elle s’est offensée Que Titus à ses pleurs l’ait si longtemps laissée.
Un généreux dépit succède à sa fureur : Bérénice renonce à Rome, à l’empereur ; Et même veut partir avant que Rome instruite Puisse voir son désordre et jouir de sa fuite. Elle écrit à César.
Elle écrit à César. Ô ciel ! qui l’aurait cru ? Et Titus ?
Et Titus ? À ses yeux Titus n’a point paru. Le peuple avec transport l’arrête et l’environne, Applaudissant aux noms que le sénat lui donne ;
Et ces noms, ces respects, ces applaudissements, Deviennent pour Titus autant d’engagements Qui, le liant, seigneur, d’une honorable chaîne, Malgré tous ses soupirs et les pleurs de la reine, Fixent dans son devoir ses vœux irrésolus.
C’en est fait : et peut-être il ne la verra plus.
Que de sujets d’espoir, Arsace ! je l’avoue : Mais d’un soin si cruel la fortune me joue. J’ai vu tous mes projets tant de fois démentis, Que j’écoute en tremblant tout ce que tu me dis ;
Et mon cœur, prévenu d’une crainte importune, Croit, même en espérant, irriter la fortune. Mais que vois-je ? Titus porte vers nous ses pas ! Que veut-il ?