Scène
Acte III, Scène IV
Par Jean Racine
Bérénice vient d’interdire à Antiochus de reparaître devant elle. Resté avec Arsace, il prend cette défense pour une délivrance : puisqu’elle le hait, il peut partir sans regret. Arsace le pousse à rester et à laisser passer l’orage. Il refuse, tout en envoyant son confident s’assurer que la reine ne se donnera pas la mort.
Un homme qui se raisonne à voix haute et se contredit dans le même mouvement. Il annonce l’indifférence et termine en craignant pour la vie de celle qu’il fuit ; c’est ce dernier vers qui donne son sens à tout le reste. La scène tombe si l’on joue l’amertume d’emblée : l’indignation vient d’abord, sincèrement, et le retournement doit surprendre celui-là même qui le dit.
11 répliques en alexandrins, deux rôles masculins, l’essentiel du texte porté par Antiochus. Court, autonome, avec une ligne d’ensemble claire, ce qui en fait l’un des passages les plus abordables du rôle. Format commode pour une audition brève ou pour une première approche du personnage.
Chapitre : Acte III
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Ne me trompé-je point ? l’ai-je bien entendue ? Que je me garde, moi, de paraître à sa vue ! Je m’en garderai bien. Et ne partais-je pas, Si Titus, malgré moi, n’eût arrêté mes pas ? Sans doute il faut partir.
Continuons, Arsace ; Elle croit m’affliger : sa haine me fait grâce. Tu me voyais tantôt inquiet, égaré ; Je partais amoureux, jaloux, désespéré ;
Et maintenant, Arsace, après cette défense, Je partirai peut-être avec indifférence.
Moins que jamais, seigneur, il faut vous éloigner.
Moi ! je demeurerai pour me voir dédaigner ? Des froideurs de Titus je serai responsable ? Je me verrai punir parce qu’il est coupable ? Avec quelle injustice et quelle indignité Elle doute à mes yeux de ma sincérité !
Titus l’aime, dit-elle, et moi je l’ai trahie. L’ingrate ! m’accuser de cette perfidie ! Et dans quel temps encor ?
dans le moment fatal Que j’étale à ses yeux les pleurs de mon rival, Que, pour la consoler, je le faisais paraître Amoureux et constant, plus qu’il ne l’est peut-être.
Et de quel soin, seigneur, vous allez vous troubler ? Laissez à ce torrent le temps de s’écouler : Dans huit jours, dans un mois, n’importe, il faut qu’il passe. Demeurez seulement.
Demeurez seulement. Non, je la quitte, Arsace. Je sens qu’à sa douleur je pourrais compatir : Ma gloire, mon repos, tout m’excite à partir. Allons ;
et de si loin évitons la cruelle, Que de longtemps, Arsace, on ne nous parle d’elle. Toutefois il nous reste encore assez de jour : Je vais dans mon palais attendre ton retour.
Va voir si sa douleur ne l’a point trop saisie. Cours ; et partons du moins assurés de sa vie.