Scène
Acte IV, Scène VI
Par Jean Racine
La reine vient de quitter la scène en menaçant de se donner la mort. Titus, bouleversé, veut courir à son secours. Paulin le retient, invoque la gloire à venir, les temples ouverts, les statues couronnées de lauriers. L’empereur se compare à Néron, se dit barbare, puis reconnaît qu’il ne sait plus ce qu’il dit.
La scène du vacillement. Ce n’est pas un débat : Paulin argumente et Titus n’écoute plus. Le comédien doit tenir un homme qui se hait et qui, dans le même mouvement, cède à la raison d’État. Les deux derniers vers — « Pourquoi suis-je empereur ? pourquoi suis-je amoureux ? » — ne se déclament pas, ils constatent. Paulin doit garder sa dignité de conseiller, faute de quoi il devient un persécuteur et l’équilibre se rompt.
12 répliques en alexandrins, deux rôles masculins. Longueur maniable et structure nette — secours, gloire, refus, reddition — qui sert la mémorisation. Les tirades de Paulin sur Rome triomphante reposent sur une énumération facile à fixer. Convient à un duo en cours ou à un extrait court sur le conflit du devoir et du sentiment.
Chapitre : Acte IV
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Adieu. Dans quel dessein vient-elle de sortir, Seigneur ? Est-elle enfin disposée à partir ?
Paulin, je suis perdu, je n’y pourrai survivre : La reine veut mourir. Allons, il faut la suivre. Courons à son secours.
Courons à son secours. Eh quoi ! n’avez-vous pas Ordonné dès tantôt qu’on observe ses pas ? Ses femmes, à toute heure autour d’elle empressées, Sauront la détourner de ces tristes pensées ; Non, non, ne craignez rien.
Voilà les plus grands coups, Seigneur ; continuez, la victoire est à vous. Je sais que sans pitié vous n’avez pu l’entendre, Moi-même, en la voyant, je n’ai pu m’en défendre.
Mais regardez plus loin : songez, en ce malheur, Quelle gloire va suivre un moment de douleur, Quels applaudissements l’univers vous prépare, Quel rang dans l’avenir…
Quel rang dans l’avenir… Non, je suis un barbare ; Moi-même je me hais. Néron, tant détesté, N’a point à cet excès poussé sa cruauté. Je ne souffrirai point que Bérénice expire.
Allons, Rome en dira ce qu’elle en voudra dire.
Quoi ! seigneur…
Quoi ! seigneur… Je ne sais, Paulin, ce que je dis : L’excès de la douleur accable mes esprits.
Ne troublez point le cours de votre renommée : Déjà de vos adieux la nouvelle est semée ; Rome, qui gémissait, triomphe avec raison ; Tous les temples ouverts fument en votre nom ;
Et le peuple, élevant vos vertus jusqu’aux nues, Va partout de lauriers couronner vos statues.
Ah, Rome ! Ah, Bérénice ! Ah, prince malheureux ! Pourquoi suis-je empereur ? pourquoi suis-je amoureux ?