« Rodrigue, as-tu du cœur ? »
Don Diègue vient d’être souffleté par le comte, et il est trop vieux pour se venger lui-même. Il se tourne vers son fils : « Rodrigue, as-tu du cœur ? ». Rodrigue répond qu’un autre que son père en ferait aussitôt l’épreuve. Don Diègue lui remet son épée et lui confie sa vengeance. Il ne nomme l’offenseur qu’à la fin : le père de Chimène, celle que Rodrigue aime.
C’est la scène qui lance la tragédie. Don Diègue porte presque tout le texte : la colère, l’humiliation, puis l’ordre. Rodrigue ne dit presque rien, et c’est là que se joue le rôle : le choc du nom de Chimène doit se voir avant de s’entendre. La scène se termine sur le célèbre « va, cours, vole, et nous venge ».
16 répliques en alexandrins, pour deux comédiens. Don Diègue porte 94 % du texte : pour lui, une scène de tirades ; pour Rodrigue, une scène d’écoute et de silences.
Télécharger la scène en PDF
Créer un compte gratuit pour téléchargerRodrigue, as-tu du cœur ?
Tout autre que mon père L’éprouveroit sur l’heure.
Agréable colère ! Digne ressentiment à ma douleur bien doux ! Je reconnois mon sang à ce noble courroux ; Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte. Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte ;
Viens me venger.
De quoi ?
D’un affront si cruel, Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel : D’un soufflet. L’insolent en eût perdu la vie ;
Mais mon âge a trompé ma généreuse envie : Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir, Je le remets au tien pour venger et punir.
Va contre un arrogant éprouver ton courage : Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage ; Meurs ou tue.
Au surplus, pour ne te point flatter, Je te donne à combattre un homme à redouter : Je l’ai vu, tout couvert de sang et de poussière, Porter partout l’effroi dans une armée entière.
J’ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ; Et pour t’en dire encor quelque chose de plus, Plus que brave soldat, plus que grand capitaine, C’est…
De grâce, achevez.
Le père de Chimène.
Le…
Ne réplique point, je connois ton amour ; Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour. Plus l’offenseur est cher, et plus grande est l’offense.
Enfin tu sais l’affront, et tu tiens la vengeance : Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ; Montre-toi digne fils d’un père tel que moi.
Accablé des malheurs où le destin me range, Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge.