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Acte I, scène 4

Les imprécations de Don Diègue

Le roi vient de choisir Don Diègue comme gouverneur du prince. Le comte de Gormas, écarté au profit du vieillard, l’a insulté, souffleté, puis lui a arraché son épée des mains. Resté seul, Don Diègue mesure ce que l’affront lui a coûté.

Le monologue avance par vagues : la vieillesse accusée, le bras qui a sauvé l’Espagne et qui ne sert plus, la gloire de toute une vie effacée en un jour, enfin l’épée apostrophée et remise à d’autres mains. Le piège est de commencer au sommet et d’y rester : la scène ne tient que si la plainte se change en décision, celle d’aller chercher Rodrigue.

6 répliques en alexandrins, pour un comédien seul. Morceau très demandé en audition et à l’oral de français, court à apprendre mais exigeant à porter. Les apostrophes initiales et les reprises (« Mon bras… Mon bras… ») donnent des points d’appui fiables à la mémoire.

6 répliquesPierre Corneille
Le texte
vos répliques
DON DIÈGUE

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?

DON DIÈGUE

Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire, Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, Tant de fois affermi le trône de son roi, Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?

DON DIÈGUE

Ô cruel souvenir de ma gloire passée ! Œuvre de tant de jours en un jour effacée ! Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur ! Précipice élevé d’où tombe mon honneur !

DON DIÈGUE

Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte, Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? Comte, sois de mon prince à présent gouverneur : Ce haut rang n’admet point un homme sans honneur ;

DON DIÈGUE

Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne, Malgré le choix du roi, m’en a su rendre indigne.

DON DIÈGUE

Et toi, de mes exploits glorieux instrument, Mais d’un corps tout de glace inutile ornement, Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, M’as servi de parade, et non pas de défense, Va, quitte désormais le dernier des humains, Passe, pour me venger, en de meilleures mains.