Scène
Acte II, Scène IV
Par Molière
Sganarelle, à peine installé dans son rôle de médecin, découvre la nourrice de la maison et entreprend de la complimenter de très près. Lucas, qui est son mari, s’interpose sans oser être franchement grossier avec un homme de science.
Scène de pur jeu de corps : Sganarelle fait mine d’embrasser Lucas et embrasse la nourrice, trois fois de suite, sur des compliments de plus en plus chaleureux. Le texte est mince, la mise en place fait tout. Le passage tombe à plat si les deux acteurs ne construisent pas très précisément le trajet des bras et le moment où Lucas comprend.
14 répliques en prose, deux rôles parlants. Peu de texte à retenir, mais des enchaînements gestuels à fixer. À travailler en atelier plutôt qu’à présenter isolément en audition, où le contexte manque pour comprendre qui est qui.
Chapitre : Acte II
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Peste ! le joli meuble que voilà ! (Haut.) Ah !
nourrice, charmante nourrice, ma médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrois bien être le petit poupon fortuné qui tetât le lait de vos bonnes grâces. (Il lui porte la main sur le sein.)
Tous mes remèdes, toute ma science, toute ma capacité est à votre service ; et…
Avec votre parmission, monsieu le médecin, laissez là ma femme, je vous prie.
Quoi ! elle est votre femme ?
Ah ! vraiment je ne savois pas cela, et je m’en réjouis pour l’amour de l’un et de l’autre. (Il fait semblant de vouloir embrasser Lucas et embrasse la nourrice.)
Tout doucement, s’il vous plaît.
Je vous assure que je suis ravi que vous soyez unis ensemble : je la félicite d’avoir un mari comme vous ; et je vous félicite, vous, d’avoir une femme si belle, si sage, et si bien faite comme elle est.
(Faisant encore semblant d’embrasser Lucas, qui lui tend les bras, il passe dessous, et embrasse encore la nourrice.)
Hé ! tétigué ! point tant de compliments, je vous supplie.
Ne voulez-vous pas que je me réjouisse avec vous d’un si bel assemblage ?
Avec moi tant qu’il vous plaira, mais avec ma femme, trêve de sarimonie.
Je prends part également au bonheur de tous deux : et si je vous embrasse pour vous témoigner ma joie, je l’embrasse de même pour lui en témoigner aussi. (Il continue le même jeu.)
Ah ! vartigué, monsieur le médecin, que de lantiponages !