Scène
Acte II, Scène II
Par Molière
Jacqueline, la nourrice, interrompt l’attente pour dire à Géronte ce qu’elle pense : sa fille n’a pas besoin de remèdes mais d’un mari qui lui plaise, et Léandre ferait l’affaire. Lucas, son mari, la somme de se taire ; Géronte oppose la fortune du prétendant qu’il a choisi.
La scène pose sous la plaisanterie le vrai sujet de la pièce, un mariage imposé. Jacqueline argumente par l’exemple concret, Géronte par le calcul. Le passage tombe si la nourrice n’est qu’une commère bavarde : elle a raison, et elle le sait, ce qui rend le silence qu’on lui impose plus cinglant.
22 répliques en prose, trois rôles. Le texte de Jacqueline est écrit en patois, ce qui complique la mémorisation : les déformations doivent s’apprendre telles quelles, faute de quoi on retombe en scène sur le français courant. Bon exercice de composition pour un rôle de servante.
Chapitre : Acte II
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Par ma fi, monsieu, ceti-ci fera justement ce qu’ant fait les autres. Je pense que ce sera quessi queumi ;
et la meilleure médeçaine que l’an pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon mari, pour qui alle eût de l’amiquié.
Ouais ! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses !
Taisez-vous, notre minagère Jacquelaine ; ce n’est pas à vous à bouter là votre nez.
Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n’y feront rian que de l’iau claire ; que votre fille a besoin d’autre chose que de rhibarbe et de séné, et qu’un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.
Est-elle en état maintenant qu’on s’en voulût charger, avec l’infirmité qu’elle a ? Et lorsque j’ai été dans le dessein de la marier, ne s’est-elle pas opposée à mes volontés ?
Je le crois bian ; vous l’y vouliez bailler eun homme qu’alle n’aime point. Que ne preniais-vous ce monsieur Liandre, qui li touchoit au cœur ? alle auroit été fort obéissante ;
et je m’en vas gager qu’il la prendroit, li, comme alle est, si vous la li vouillais donner.
Ce Léandre n’est pas ce qu’il faut ; il n’a pas du bien comme l’autre.
Il a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquié.
Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n’est rien tel que ce qu’on tient ; et l’on court grand risque de s’abuser, lorsque l’on compte sur le bien qu’un autre vous garde.
La mort n’a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers ; et l’on a le temps d’avoir les dents longues, lorsqu’on attend pour vivre le trépas de quelqu’un.
Enfin, j’ai toujours ouï dire qu’en mariage, comme ailleurs, contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours, Qu’a-t-il ? et Qu’a-t-elle ?
et le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu’il avait davantage que le jeune Robin, où alle avoit bouté son amiquié ;
et v’là que la pauvre criature en est devenue jaune comme un coing, et n’a pas profité tout depuis ce temps-là. C’est un bel exemple pour vous, monsieu. On n’a que son plaisir en ce monde ;
et j’aimerois mieux bailler à ma fille eun bon mari qui li fût agriable, que toutes les rentes de la Biausse.
Peste ! madame la nourrice, comme vous dégoisez. Taisez-vous, je vous prie ; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait.
Morgue ! tais-toi, t’es eune impartinente. Monsieu n’a que faire de tes discours, et il sait ce qu’il a à faire. Mèle-toi de donner à teter à ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa fille ;
et il est bon et sage pour voir ce qu’il ly faut.
Tout doux ! Oh ! tout doux.
Monsieu, je veux un peu la mortifier, et ly apprendre le respect qu’alle vous doit.
Oui. Mais ces gestes ne sont pas nécessaires.