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Acte IV, Scène VI

La tirade de Don Louis

Don Louis vient voir son fils. Il lui reproche ses désordres : les affaires qu’il faut sans cesse étouffer, la honte qu’il fait à son nom. Il le met en garde : « la naissance n’est rien où la vertu n’est pas ». Il termine par une menace : s’il le faut, il le punira lui-même avant le ciel. Don Juan ne lui répond que par une insolence : « Monsieur, si vous étiez assis, vous en seriez mieux pour parler. »

C’est la grande tirade du père, l’un des textes les plus étudiés de la pièce. Don Louis parle presque seul, du chagrin à la colère, face à un fils qui ne l’écoute pas. Le silence de Don Juan se joue autant que le texte de son père. Dans les éditions scolaires, la scène est souvent numérotée acte IV, scène 4 ; l’édition suivie ici la découpe en scène 6.

19 répliques en prose, pour deux comédiens. Don Louis porte presque tout le texte : un monologue d’audition pour un comédien mûr.

Une tirade de cette longueur ne s'apprend pas d'un bloc : la méthode pour apprendre une longue tirade

19 répliquesMolière

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Le texte
tes répliques
DON LOUIS

Je vois bien que je vous embarrasse, et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. À dire vrai, nous nous incommodons étrangement l’un et l’autre ;

DON LOUIS

et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements. Hélas !

DON LOUIS

que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu’il nous faut, quand nous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l’importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées !

DON LOUIS

J’ai souhaité un fils avec des ardeurs non pareilles, je l’ai demandé sans relâche avec des transports incroyables ;

DON LOUIS

et ce fils que j’obtiens en fatiguant le ciel de vœux, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu’il devait être la joie et la consolation.

DON LOUIS

De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d’actions indignes, dont on a peine, aux yeux du monde, d’adoucir le mauvais visage ;

DON LOUIS

cette suite continuelle de méchantes affaires, qui nous réduisent à toutes heures à lasser les bontés du souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis ? Ah !

DON LOUIS

quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance ? Êtes-vous en droit, dites-moi, d’en tirer quelque vanité ? Et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme ?

DON LOUIS

Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d’être sortis d’un sang noble, lorsque nous vivons en infâmes ? Non, non, la naissance n’est rien où la vertu n’est pas.

DON LOUIS

Aussi, nous n’avons part à la gloire de nos ancêtres qu’autant que nous nous efforçons de leur ressembler ;

DON LOUIS

et cet éclat de leurs actions qu’ils répandent sur nous, nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu’ils nous tracent, et de ne point dégénérer de leurs vertus, si nous voulons être estimés leurs véritables descendants.

DON LOUIS

Ainsi, vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né ; ils vous désavouent pour leur sang, et tout ce qu’ils ont fait d’illustre ne vous donne aucun avantage ;

DON LOUIS

au contraire, l’éclat n’en rejaillit sur vous qu’à votre déshonneur, et leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeux d’un chacun la honte de vos actions.

DON LOUIS

Apprenez enfin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature ; que la vertu est le premier titre de noblesse ;

DON LOUIS

que je regarde bien moins au nom qu’on signe, qu’aux actions qu’on fait, et que je ferais plus d’état du fils d’un crocheteur, qui serait honnête homme, que du fils d’un monarque qui vivrait comme vous.

DON JUAN

Monsieur, si vous étiez assis, vous en seriez mieux pour parler.

DON LOUIS

Non, insolent, je ne veux point m’asseoir, ni parler davantage, et je vois bien que toutes mes paroles ne font rien sur ton âme ;

DON LOUIS

mais sache, fils indigne, que la tendresse paternelle est poussée à bout par tes actions ;

DON LOUIS

que je saurai, plus tôt que tu ne penses, mettre une borne à tes dérèglements, prévenir sur toi le courroux du ciel, et laver, par ta punition, la honte de t’avoir fait naître.