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Acte III, Scène II

La scène du pauvre

Dom Juan et Sganarelle, perdus dans une forêt, demandent leur chemin à un pauvre ermite. Le Pauvre leur indique la route et demande l’aumône. Dom Juan s’amuse : un homme qui prie le ciel toute la journée devrait être dans l’abondance. Il lui offre un louis d’or à condition qu’il jure.

La scène tient en un refus. Le Pauvre préfère « mourir de faim » plutôt que de blasphémer, et Dom Juan lui donne finalement la pièce « pour l’amour de l’humanité ». C’est la scène qui a valu à la pièce sa censure : il faut que la tentation soit réelle et le refus digne, sans que le Pauvre devienne un saint de vitrail.

25 répliques en prose, pour trois comédiens, dont un rôle très court pour Sganarelle. Une scène brève, facile à mémoriser, qui se travaille surtout sur les silences entre les relances de Dom Juan.

25 répliquesMolière

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Le texte
tes répliques
SGANARELLE

Holà, ho, l’homme ! ho, mon compère ! ho, l’ami ! un petit mot, s’il vous plaît. Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

LE PAUVRE

Vous n’avez qu’à suivre cette route, messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt ;

LE PAUVRE

mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que, depuis quelque temps, il y a des voleurs ici autour.

DON JUAN

Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.

LE PAUVRE

Si vous vouliez me secourir, monsieur, de quelque aumône ?

DON JUAN

Ah ! ah ! ton avis est intéressé, à ce que je vois.

LE PAUVRE

Je suis un pauvre homme, monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le ciel qu’il vous donne toute sorte de biens.

DON JUAN

Eh ! prie le ciel qu’il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.

SGANARELLE

Vous ne connaissez pas monsieur, bon homme : il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.

DON JUAN

Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?

LE PAUVRE

De prier le ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

DON JUAN

Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ?

LE PAUVRE

Hélas ! monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.

DON JUAN

Tu te moques : un homme qui prie le ciel tout le jour ne peut pas manquer d’être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE

Je vous assure, monsieur, que le plus souvent je n’ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.

DON JUAN

Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah ! ah ! je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer.

LE PAUVRE

Ah ! monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?

DON JUAN

Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un louis d’or, ou non ; en voici un que je te donne, si tu jures. Tiens. Il faut jurer.

LE PAUVRE

Monsieur !

DON JUAN

À moins de cela, tu ne l’auras pas.

SGANARELLE

Va, va, jure un peu ; il n’y a pas de mal.

DON JUAN

Prends, le voilà, prends, te dis-je ; mais jure donc.

LE PAUVRE

Non, monsieur, j’aime mieux mourir de faim.

DON JUAN

Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité. Mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté.

DON JUAN

(Il met la main à l’épée, et court au lieu du combat.)