« Couvrez ce sein que je ne saurais voir »
Tartuffe paraît enfin, après deux actes où tout le monde n’a parlé que de lui. Il voit Dorine et lance à son valet une phrase faite pour être entendue : « Laurent, serrez ma haire avec ma discipline ». Dorine vient lui dire qu’Elmire veut lui parler ; il l’arrête pour lui tendre un mouchoir : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Elle lui répond qu’elle le verrait nu sans être tentée. Quand elle annonce Elmire, il se radoucit aussitôt.
C’est l’une des entrées les plus attendues du théâtre : Molière a fait patienter le public pendant deux actes. En quelques vers, le masque du dévot paraît et se fissure. Tartuffe joue la pudeur, Dorine le démasque par l’insolence et dit tout haut ce que la salle pense. La scène tient sur l’écart entre la pose et ce qu’elle trahit, et prépare la déclaration à Elmire de la scène suivante.
15 répliques en alexandrins, pour deux comédiens. Une scène courte, qui s’apprend vite. Dorine porte un peu plus de la moitié du texte : un très bon exercice d’entrée pour Tartuffe, et d’insolence pour Dorine.
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Créer un compte gratuit pour téléchargerLaurent, serrez ma haire avec ma discipline, Et priez que toujours le ciel vous illumine. Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j’ai, partager les deniers.
Que d’affectation et de forfanterie !
Que voulez-vous ?
Vous dire…
Ah ! mon Dieu ! je vous prie, Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.
Comment !
Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées.
Vous êtes donc bien tendre à la tentation ; Et la chair sur vos sens fait grande impression !
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte : Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte : Et je vous verrais nu du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas.
Mettez dans vos discours un peu de modestie, Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.
Non, non, c’est moi qui vais vous laisser en repos, Et je n’ai seulement qu’à vous dire deux mots. Madame va venir dans cette salle basse, Et d’un mot d’entretien vous demande la grâce.
Hélas ! très volontiers.
Comme il se radoucit ! Ma foi, je suis toujours pour ce que j’en ai dit.
Viendra-t-elle bientôt ?
Je l’entends, ce me semble. Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble.