Scène

Acte III, Scène I

Par Molière

Ouverture de l’acte III. Arnolphe croit avoir gagné : Agnès a jeté une pierre à Horace pour l’éloigner. Il félicite Alain et Georgette, sermonne la jeune fille sur les manières des damoiseaux, fait apporter un siège et envoie chercher le notaire pour le contrat.

Scène de triomphe, et elle ne vaut que par ce qu’Arnolphe ignore : la pierre portait un billet. Le comédien doit tenir l’euphorie sans ironie et prendre son temps, car c’est le sommet de sa confiance avant la chute. Alain et Georgette apportent le contrepoint comique avec leurs deux écus d’or qui n’étaient pas de poids.

9 répliques en alexandrins, dont sept pour Arnolphe : trois comédiens, mais l’équilibre est celui d’un monologue accompagné. Passage bref, surtout utile en cours comme entrée dans la scène des maximes du mariage qui suit. Mémorisation sans piège, la progression étant argumentative.

Chapitre : Acte III

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ARNOLPHE

Oui, tout a bien été, ma joie est sans pareille : Vous avez là suivi mes ordres à merveille, Confondu de tout point le blondin séducteur, Et voilà de quoi sert un sage directeur.

ARNOLPHE

Votre innocence, Agnès, avait été surprise. Voyez sans y penser où vous vous étiez mise : Vous enfiliez tout droit, sans mon instruction, Le grand chemin d’enfer et de perdition.

ARNOLPHE

De tous ces damoiseaux on sait trop les coutumes. Ils ont de beaux canons, force rubans, et plumes, Grands cheveux, belles dents, et des propos fort doux : Mais comme je vous dis la griffe est là-dessous.

ARNOLPHE

Et ce sont vrais satans, dont la gueule altérée De l’honneur féminin cherche à faire curée. Mais, encore une fois, grâce au soin apporté, Vous en êtes sortie avec honnêteté.

ARNOLPHE

L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre, Qui de tous ses desseins a mis l’espoir par terre, Me confirme encor mieux à ne point différer Les noces où je dis qu’il vous faut préparer.

ARNOLPHE

Mais, avant toute chose, il est bon de vous faire Quelque petit discours qui vous soit salutaire. ((à Georgette et à Alain.)) Un siége au frais ici. Vous, si jamais en rien…

GEORGETTE

De toutes vos leçons nous nous souviendrons bien. Cet autre monsieur-là nous en faisait accroire ; Mais…

ALAIN

S’il entre jamais, je veux jamais ne boire. Aussi bien est-ce un sot ; il nous a l’autre fois Donné deux écus d’or qui n’étoient pas de poids.

ARNOLPHE

Ayez donc pour souper tout ce que je desire ; Et pour notre contrat, comme je viens de dire, Faites venir ici, l’un ou l’autre, au retour, Le notaire qui loge au coin de ce carfour.

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