Scène

Acte I, Scène V

Par Jean Racine

Panope sortie, Œnone reste seule avec Phèdre. Thésée est mort. La nourrice, qui l’accompagnait encore vers la mort quelques instants plus tôt, change entièrement de discours et plaide pour qu’elle vive : son fils a besoin d’elle, et son amour n’est plus criminel.

La scène est un plaidoyer presque continu, bâti sur un raisonnement dont Phèdre voit sans doute la faiblesse et qu’elle accepte quand même. Œnone n’est pas une consolatrice : elle manœuvre, elle enchaîne les arguments sans laisser d’intervalle, et elle obtient en quelques vers ce qu’elle voulait. Phèdre cède en quatre vers seulement, et cette brièveté fait tout l’enjeu du duo.

8 répliques en alexandrins, dont sept pour Œnone, pour deux comédiennes. Courte, elle constitue un bon exercice de tirade argumentée pour un rôle de confidente souvent laissé de côté. Le raisonnement progresse par étapes — l’enfant, le pouvoir, Aricie — ce qui donne un appui net à la mémoire.

Chapitre : Acte I

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ŒNONE

Madame, je cessais de vous presser de vivre ; Déjà même au tombeau je songeais à vous suivre ; Pour vous en détourner je n’avais plus de voix : Mais ce nouveau malheur vous prescrit d’autres lois.

ŒNONE

Votre fortune change et prend une autre face : Le roi n’est plus, madame ; il faut prendre sa place. Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez ; Esclave s’il vous perd, et roi si vous vivez.

ŒNONE

Sur qui, dans son malheur, voulez-vous qu’il s’appuie ? Ses larmes n’auront plus de main qui les essuie ; Et ses cris innocents, portés jusques aux dieux, Iront contre sa mère irriter ses aïeux. Vivez ;

ŒNONE

vous n’avez plus de reproche à vous faire : Votre flamme devient une flamme ordinaire ; Thésée en expirant vient de rompre les nœuds Qui faisaient tout le crime et l’horreur de vos feux.

ŒNONE

Hippolyte pour vous devient moins redoutable ; Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable. Peut-être, convaincu de votre aversion, Il va donner un chef à la sédition : Détrompez son erreur, fléchissez son courage.

ŒNONE

Roi de ces bords heureux, Trézène est son partage ; Mais il sait que les lois donnent à votre fils Les superbes remparts que Minerve a bâtis.

ŒNONE

Vous avez l’un et l’autre une juste ennemie : Unissez-vous tous deux pour combattre Aricie.

PHÈDRE

Eh bien ! à tes conseils je me laisse entraîner. Vivons, si vers la vie on peut me ramener, Et si l’amour d’un fils, en ce moment funeste, De mes faibles esprits peut ranimer le reste.

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