Scène
Acte I, Scène IV
Par Jean Racine
Phèdre vient d’avouer à Œnone l’amour qu’elle porte à Hippolyte, le fils de son mari. Panope, une femme de sa suite, entre avec deux nouvelles : Thésée est mort, et Athènes se divise déjà sur sa succession, entre le fils de Phèdre, Hippolyte et le parti d’Aricie.
Scène de messagère, qui retourne la situation : l’amour de Phèdre cesse d’être un crime, et le trône devient un enjeu. Le contraste porte le passage — Panope débite des faits politiques pendant que la reine, qui n’a qu’un mot (« Ciel ! »), encaisse en silence. Ce silence doit se voir, sinon la nouvelle passe inaperçue.
8 répliques en alexandrins, dont sept pour Panope et Œnone, pour trois comédiennes dont une presque muette. Scène courte et fonctionnelle, plus utile pour comprendre l’articulation de l’acte I que comme extrait à travailler pour lui-même.
Chapitre : Acte I
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Je voudrais vous cacher une triste nouvelle, Madame : mais il faut que je vous la révèle. La mort vous a ravi votre invincible époux ; Et ce malheur n’est plus ignoré que de vous.
Panope, que dis-tu ?
Panope, que dis-tu ? Que la reine abusée En vain demande au ciel le retour de Thésée ; Et que, par des vaisseaux arrivés dans le port, Hippolyte son fils vient d’apprendre sa mort.
Ciel !
Ciel ! Pour le choix d’un maître Athènes se partage : Au prince votre fils l’un donne son suffrage, Madame ; et de l’État, l’autre oubliant les lois Au fils de l’étrangère ose donner sa voix.
On dit même qu’au trône une brigue insolente Veut placer Aricie et le sang de Pallante. J’ai cru de ce péril vous devoir avertir. Déjà même Hippolyte est tout prêt à partir ;
Et l’on craint, s’il paraît dans ce nouvel orage, Qu’il n’entraîne après lui tout un peuple volage.
Panope, c’est assez : la reine qui t’entend Ne négligera point cet avis important.