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Acte IV, Scène III

« De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? »

Lorenzo prépare le meurtre du duc pour la nuit. Il renvoie Scoronconcolo et reste seul. Il ne comprend plus ce qui le pousse : « De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? ». Il revoit le jeune homme qui aimait les fleurs et les sonnets de Pétrarque, s’étonne de la joie qui le brûle, se demande ce que cet homme lui a fait. Il se compare à Oreste, puis se demande s’il est le bras de Dieu.

C’est l’un des grands monologues du théâtre romantique. Lorenzo se regarde agir comme un autre, effrayé par lui-même, juste avant le meurtre qu’il prépare depuis toute la pièce. Le texte avance par questions et ne trouve aucune réponse. Il faut tenir cette inquiétude sans la jouer d’avance : « Cela est étrange » revient comme un refrain.

12 répliques en prose, pour un comédien : Scoronconcolo n’a que deux mots au début. Un monologue d’environ 340 mots, court et dense. Un très bon choix d’audition pour un jeune homme.

Une tirade de cette longueur ne s'apprend pas d'un bloc : la méthode pour apprendre une longue tirade

12 répliquesAlfred de Musset

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Le texte
tes répliques
LORENZO

Rentre chez toi, et ne manque pas de venir à minuit ; tu t’enfermeras dans mon cabinet jusqu’à ce qu’on vienne t’avertir.

SCORONCONCOLO

Oui, monseigneur.

LORENZO

De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? Quand je pense que j’ai aimé les fleurs, les prairies et les sonnets de Pétrarque, le spectre de ma jeunesse se lève devant moi en frissonnant. Ô Dieu !

LORENZO

pourquoi ce seul mot : « À ce soir, » fait-il pénétrer jusque dans mes os cette joie brûlante comme un fer rouge ? De quelles entrailles fauves, de quels velus embrassements suis-je donc sorti ?

LORENZO

Que m’avait fait cet homme ? Quand je pose ma main là, et que je réfléchis, — qui donc m’entendra dire demain : « Je l’ai tué », sans me répondre : « Pourquoi l’as-tu tué ? » Cela est étrange.

LORENZO

Il a fait du mal aux autres, mais il m’a fait du bien, du moins à sa manière.

LORENZO

Si j’étais resté tranquille au fond de mes solitudes de Cafaggiuolo, il ne serait pas venu m’y chercher, et moi je suis venu le chercher à Florence. Pourquoi cela ?

LORENZO

Le spectre de mon père me conduisait-il, comme Oreste, vers un nouvel Égiste ? M’avait-il offensé alors ? Cela est étrange, et cependant pour cette action j’ai tout quitté ;

LORENZO

la seule pensée de ce meurtre a fait tomber en poussière les rêves de ma vie ; je n’ai plus été qu’une ruine, dès que ce meurtre, comme un corbeau sinistre, s’est posé sur ma route et m’a appelé à lui.

LORENZO

Que veut dire cela ? Tout à l’heure, en passant sur la place, j’ai entendu deux hommes parler d’une comète. Sont-ce bien les battements d’un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ? Ah !

LORENZO

pourquoi cette idée me vient-elle si souvent depuis quelque temps ? Suis-je le bras de Dieu ? Y a-t-il une nuée au-dessus de ma tête ?

LORENZO

Quand j’entrerai dans cette chambre, et que je voudrai tirer mon épée du fourreau, j’ai peur de tirer l’épée flamboyante de l’archange, et de tomber en cendres sur ma proie.