Le meurtre d’Alexandre
C’est la nuit, dans la chambre de Lorenzo. Le duc Alexandre attend la tante de Lorenzo, Catherine, qu’on lui a promise. Lorenzo a roulé le baudrier autour de l’épée du duc et l’a cachée sous le chevet. Le duc se couche et fait semblant de dormir. Lorenzo le frappe, aidé de Scoronconcolo : « Dormez-vous, Seigneur ? » « C’est toi, Renzo ? ». Le duc le mord au doigt avant de mourir.
C’est la scène du meurtre, le point culminant du drame. Le texte va vite et laisse beaucoup aux gestes. Après le meurtre, Lorenzo se tourne vers la nuit : « Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! ». Son exaltation doit inquiéter, tandis que Scoronconcolo presse de fuir.
25 répliques en prose, pour trois comédiens. Le duc et Lorenzo se partagent le texte, Scoronconcolo a quelques répliques. Une scène courte, qui se répète avec ses déplacements.
Télécharger la scène en PDF
Créer un compte gratuit pour téléchargerJe suis transi, — il fait vraiment froid. Eh bien ! mignon, qu’est-ce que tu fais donc ?
Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d’avoir toujours une arme sous la main.
Tu sais que je n’aime pas les bavardes, et il m’est revenu que la Catherine était une belle parleuse. Pour éviter les conversations, je vais me mettre au lit.
À propos, pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux de poste à l’évêque de Marzi ?
Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu’il m’écrit.
Va donc chercher ta tante.
Dans un instant.
Faire la cour à une femme qui vous répond oui lorsqu’on lui demande oui ou non, cela m’a toujours paru très sot, et tout à fait digne d’un Français.
Aujourd’hui surtout que j’ai soupé comme trois moines, je serais incapable de dire seulement : « Mon cœur, » ou : « Mes chères entrailles, » à l’infante d’Espagne.
Je veux faire semblant de dormir : ce sera peut-être cavalier, mais ce sera commode.
Dormez-vous, Seigneur ?
C’est toi, Renzo ?
Seigneur, n’en doutez pas.
Est-ce fait ?
Regarde, il m’a mordu au doigt. Je garderai jusqu’à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.
Ah ! mon Dieu ! c’est le duc de Florence !
Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !
Viens, maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.
Que le vent du soir est doux et embaumé ! comme les fleurs des prairies s’entr’ouvrent ! Ô nature magnifique ! ô éternel repos !
Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.
Ah ! Dieu de bonté ! quel moment !
Son âme se dilate singulièrement. Quant à moi, je prendrai les devants.
Attends, tire ces rideaux. Maintenant, donne-moi la clef de cette chambre.
Pourvu que les voisins n’aient rien entendu !
Ne te souviens-tu pas qu’ils sont habitués à notre tapage ? viens, partons.