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Acte IV, Scène XI

Le meurtre d’Alexandre

C’est la nuit, dans la chambre de Lorenzo. Le duc Alexandre attend la tante de Lorenzo, Catherine, qu’on lui a promise. Lorenzo a roulé le baudrier autour de l’épée du duc et l’a cachée sous le chevet. Le duc se couche et fait semblant de dormir. Lorenzo le frappe, aidé de Scoronconcolo : « Dormez-vous, Seigneur ? » « C’est toi, Renzo ? ». Le duc le mord au doigt avant de mourir.

C’est la scène du meurtre, le point culminant du drame. Le texte va vite et laisse beaucoup aux gestes. Après le meurtre, Lorenzo se tourne vers la nuit : « Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! ». Son exaltation doit inquiéter, tandis que Scoronconcolo presse de fuir.

25 répliques en prose, pour trois comédiens. Le duc et Lorenzo se partagent le texte, Scoronconcolo a quelques répliques. Une scène courte, qui se répète avec ses déplacements.

25 répliquesAlfred de Musset

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Le texte
tes répliques
LE DUC

Je suis transi, — il fait vraiment froid. Eh bien ! mignon, qu’est-ce que tu fais donc ?

LORENZO

Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d’avoir toujours une arme sous la main.

LE DUC

Tu sais que je n’aime pas les bavardes, et il m’est revenu que la Catherine était une belle parleuse. Pour éviter les conversations, je vais me mettre au lit.

LE DUC

À propos, pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux de poste à l’évêque de Marzi ?

LORENZO

Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu’il m’écrit.

LE DUC

Va donc chercher ta tante.

LORENZO

Dans un instant.

LE DUC

Faire la cour à une femme qui vous répond oui lorsqu’on lui demande oui ou non, cela m’a toujours paru très sot, et tout à fait digne d’un Français.

LE DUC

Aujourd’hui surtout que j’ai soupé comme trois moines, je serais incapable de dire seulement : « Mon cœur, » ou : « Mes chères entrailles, » à l’infante d’Espagne.

LE DUC

Je veux faire semblant de dormir : ce sera peut-être cavalier, mais ce sera commode.

LORENZO

Dormez-vous, Seigneur ?

LE DUC

C’est toi, Renzo ?

LORENZO

Seigneur, n’en doutez pas.

SCORONCONCOLO

Est-ce fait ?

LORENZO

Regarde, il m’a mordu au doigt. Je garderai jusqu’à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.

SCORONCONCOLO

Ah ! mon Dieu ! c’est le duc de Florence !

LORENZO

Que la nuit est belle ! que l’air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !

SCORONCONCOLO

Viens, maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.

LORENZO

Que le vent du soir est doux et embaumé ! comme les fleurs des prairies s’entr’ouvrent ! Ô nature magnifique ! ô éternel repos !

SCORONCONCOLO

Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.

LORENZO

Ah ! Dieu de bonté ! quel moment !

SCORONCONCOLO

Son âme se dilate singulièrement. Quant à moi, je prendrai les devants.

LORENZO

Attends, tire ces rideaux. Maintenant, donne-moi la clef de cette chambre.

SCORONCONCOLO

Pourvu que les voisins n’aient rien entendu !

LORENZO

Ne te souviens-tu pas qu’ils sont habitués à notre tapage ? viens, partons.