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Acte I, Scène I

C’est le jour du mariage de Figaro et de Suzanne. Figaro mesure la chambre que le Comte leur a donnée (« dix-neuf pieds sur vingt-six ») ; Suzanne essaie son petit chapeau de fleurs et trouve la chambre mal placée. Elle finit par lui expliquer pourquoi : le Comte, qui avait aboli le droit du seigneur, voudrait bien l’exercer avec elle.

C’est l’exposition, et tout y est déjà : la vivacité du couple, la menace du maître, et la décision de Figaro de lui tenir tête. Suzanne a toujours un temps d’avance sur Figaro, et c’est d’elle que vient la révélation. La scène demande un rythme rapide et de la complicité, comme une conversation de tous les jours.

55 répliques en prose, pour deux comédiens, en partage égal. Des répliques courtes et nerveuses : une bonne scène de duo pour débuter, qui se travaille surtout sur les enchaînements.

55 répliquesBeaumarchais

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Le texte
tes répliques
FIGARO

Dix-neuf pieds sur vingt-six.

SUZANNE

Tiens, Figaro, voilà mon petit chapeau : le trouves-tu mieux ainsi ?

FIGARO

Sans comparaison, ma charmante. Oh ! que ce joli bouquet virginal, élevé sur la tête d’une belle fille, est doux, le matin des noces, à l’œil amoureux d’un époux !…

SUZANNE

Que mesures-tu donc là, mon fils ?

FIGARO

Je regarde, ma petite Suzanne, si ce beau lit que monseigneur nous donne aura bonne grâce ici.

SUZANNE

Dans cette chambre ?

FIGARO

Il nous la cède.

SUZANNE

Et moi je n’en veux point.

FIGARO

Pourquoi ?

SUZANNE

Je n’en veux point.

FIGARO

Mais encore ?

SUZANNE

Elle me déplaît.

FIGARO

On dit une raison.

SUZANNE

Si je n’en veux pas dire ?

FIGARO

Oh ! quand elles sont sûres de nous !

SUZANNE

Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort. Es-tu mon serviteur, ou non ?

FIGARO

Tu prends de l’humeur contre la chambre du château la plus commode, et qui tient le milieu des deux appartements. La nuit, si madame est incommodée, elle sonnera de son côté : zeste, en deux pas tu es chez elle.

FIGARO

Monseigneur veut-il quelque chose ? il n’a qu’à tinter du sien : crac, en trois sauts me voilà rendu.

SUZANNE

Fort bien ! Mais quand il aura tinté, le matin, pour te donner quelque bonne et longue commission : zeste, en deux pas il est à ma porte, et crac, en trois sauts…

FIGARO

Qu’entendez-vous par ces paroles ?

SUZANNE

Il faudrait m’écouter tranquillement.

FIGARO

Eh ! qu’est-ce qu’il y a, bon Dieu ?

SUZANNE

Il y a, mon ami, que, las de courtiser les beautés des environs, monsieur le comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme : c’est sur la tienne, entends-tu ?

SUZANNE

qu’il a jeté ses vues, auxquelles il espère que ce logement ne nuira pas. Et c’est ce que le loyal Basile, honnête agent de ses plaisirs, et mon noble maître à chanter, me répète chaque jour en me donnant leçon.

FIGARO

Basile ! ô mon mignon, si jamais volée de bois vert, appliquée sur une échine, a dûment redressé la moelle épinière à quelqu’un…

SUZANNE

Tu croyais, bon garçon, que cette dot qu’on me donne était pour les beaux yeux de ton mérite ?

FIGARO

J’avais assez fait pour l’espérer.

SUZANNE

Que les gens d’esprit sont bêtes !

FIGARO

On le dit.

SUZANNE

Mais c’est qu’on ne veut pas le croire !

FIGARO

On a tort.

SUZANNE

Apprends qu’il la destine à obtenir de moi, secrètement, certain quart d’heure, seul à seule, qu’un ancien droit du seigneur… Tu sais s’il était triste !

FIGARO

Je le sais tellement, que si monsieur le comte, en se mariant, n’eût pas aboli ce droit honteux, jamais je ne t’eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE

Eh bien ! s’il l’a détruit, il s’en repent ; et c’est de ta fiancée qu’il veut le racheter en secret aujourd’hui.

FIGARO

Ma tête s’amollit de surprise, et mon front fertilisé…

SUZANNE

Ne le frotte donc pas !

FIGARO

Quel danger ?

SUZANNE

S’il y venait un petit bouton, des gens superstitieux…

FIGARO

Tu ris, friponne ! Ah ! s’il y avait moyen d’attraper ce grand trompeur, de le faire donner dans un bon piège, et d’empocher son or !

SUZANNE

De l’intrigue et de l’argent : te voilà dans ta sphère.

FIGARO

Ce n’est pas la honte qui me retient.

SUZANNE

La crainte ?

FIGARO

Ce n’est rien d’entreprendre une chose dangereuse, mais d’échapper au péril en la menant à bien : car d’entrer chez quelqu’un la nuit, de lui souffler sa femme, et d’y recevoir cent coups de fouet pour la peine, il n’est rien plus aisé ;

FIGARO

mille sots coquins l’ont fait. Mais… (On sonne de l’intérieur.)

SUZANNE

Voilà madame éveillée ; elle m’a bien recommandé d’être la première à lui parler le matin de mes noces.

FIGARO

Y a-t-il encore quelque chose là-dessous ?

SUZANNE

Le berger dit que cela porte bonheur aux épouses délaissées. Adieu, mon petit fi, fi, Figaro ; rêve à notre affaire.

FIGARO

Pour m’ouvrir l’esprit, donne un petit baiser.

SUZANNE

À mon amant aujourd’hui ? Je t’en souhaite ! Et qu’en dirait demain mon mari ? (Figaro l’embrasse.)

SUZANNE

Eh bien ! eh bien !

FIGARO

C’est que tu n’as pas d’idée de mon amour.

SUZANNE

Quand cesserez-vous, importun, de m’en parler du matin au soir ?

FIGARO

Quand je pourrai te le prouver du soir jusqu’au matin. (On sonne une seconde fois.)

SUZANNE

Voilà votre baiser, monsieur ; je n’ai plus rien à vous.

FIGARO

Oh ! mais ce n’est pas ainsi que vous l’avez reçu.