Scène
Acte II, scène 1
Par Alfred de Musset
Cœlio aime Marianne, la jeune épouse du vieux juge Claudio, et n’ose pas l’aborder. Il a chargé son ami Octave de plaider pour lui. Octave revient avec une réponse qui n’en est pas une : Marianne accepte qu’on lui fasse la cour, pourvu que cela ne la gêne pas.
L’échange installe le mécanisme de toute la pièce : celui qui aime ne peut pas parler, celui qui parle n’aime pas. Cœlio tremble et s’effondre, Octave prend les choses en riant et propose de porter lui-même les mots, ce qui perdra les deux amis. Le duo repose sur un contraste de tempo, mélancolie contre légèreté, sans que l’un des deux prenne le dessus trop tôt.
8 répliques en prose, courtes, dans une langue simple et directe : c’est le format le plus accessible de ce lot. La brièveté rend l’extrait mémorisable en une session, mais laisse peu de matière pour un travail long. Bonne entrée en matière pour deux comédiens qui découvrent Musset.
Chapitre : Acte II
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Si tu lui parlais de moi, Octave... peut-être qu'elle consentira à m'entendre.
Je lui ai parlé, Cœlio. Et sais-tu ce qu'elle m'a répondu ? Que tu pouvais lui faire ta cour, pourvu que cela ne la gênât pas.
Pourvu que cela ne la gênât pas ! Est-ce là tout ce que tu as obtenu pour moi ?
Que veux-tu ? Elle ne t'aime pas. C'est là le fait.
Je le sais. Et pourtant je l'aime, et je ne puis cesser de l'aimer.
Va la voir toi-même. Montre-lui que tu existes. Parle-lui.
Je tremble devant elle comme un enfant. Toi, Octave, tu peux tout dire en riant. Moi, si j'ouvre la bouche, je suis perdu.
Eh bien ! voici ce que j'ai résolu. C'est moi qui lui parlerai. Je lui dirai que tu l'aimes, que tu mourras si elle t'abandonne. Et nous verrons ce qu'elle répondra.